Renouée - Agriculture de Régénération
Le podcast qui explore les liens profonds entre la santé des écosystèmes, des plantes, des animaux et la santé humaine.
Le podcast qui explore les liens profonds entre la santé des écosystèmes, des plantes, des animaux et la santé humaine.
Episodes

Dec 18, 2025
Dec 18, 2025
48 min
Sylvain Couderc
https://www.lesjardinsdelavalette.com/
https://www.lecercle.lesjardinsdelavalette.com/feed
www.spidplant.com
https://brinjel.com/fr/
John Jeavons
https://johnjeavons.org/
Eliot Coleman
https://www.librairie-permaculturelle.fr/recherche?s=eliot+coleman
JM Fortier
https://www.librairie-permaculturelle.fr/recherche?s=jean+martin+fortier
Ben Hartman
https://www.claybottomfarm.com/books
Curtis Stone
https://theurbanfarmer.co/
Richard Perkins
https://www.richardperkins.co/
Transcription :
30 - Maraichage, rentabilité et système bio-intensif
avec Sylvain Couderc
Sylvain Coudert: Je trouve que parfois, ce n'est pas assez fait par les jeunes
maraîchers. Il faut vraiment aller voir ailleurs et aller voir dans d'autres fermes parce
qu'il y a des choses, tu vas peut-être le découvrir par toi-même, sauf que si on te le dit,
tu vas gagner des années.
Lennan Bate: Bienvenue sur Renoué, le podcast qui explore les liens profonds entre la
santé des écosystèmes, des plantes, des animaux et la santé humaine. L'agriculture
occupe une place centrale dans nos vies. Qu'il s'agisse de nous nourrir, de produire
des fibres pour le textile ou de cultiver des plantes pour nous soigner, elle façonne
notre société à bien des égards. Mais alors comment repenser notre relation vivant afin
d'honorer sa capacité exceptionnelle à se régénérer et construire une agriculture
réellement bénéfique pour tous ? C'est ce que je vous propose d'explorer ensemble au
travers de discussions avec celles et ceux qui œuvrent pour une santé globale. Ayant
grandi en ville, ma première réelle reconnexion au vivant s'est faite avec les mains dans
la terre, à récolter mes premiers légumes. Pour reprendre conscience de la magie du
vivant et la générosité de la terre, rien de tel que de voir une graine germer devenir peu
à peu une salade ou une tomate. Ou bien de sortir de terre des pommes de terre ou
des carottes. Mon premier mentor, Léo Drevet, était maraîcher et mes premières
lectures ont donc assez naturellement été Elliot Colleman John Jeavons ou encore
Jean-Martin Fortier. Plus tard, j'ai beaucoup appris des approches de rentabilisation et
d'optimisation fonctionnelle d'autres maraîchers tels que Curtis Stone, Ben Hartmann
ou encore Richard Perkins. Le maraîchage est l'une des portes d'entrée les plus
fréquentes pour ceux qu'on appelle les NIMA, les nouveaux installés du monde
agricole, parce qu'il faut moins de terre et moins d'investissements pour se lancer, etaussi souvent parce que les légumes sont plus faciles d'accès que les animaux par
exemple. Pourtant, le maraîchage diversifié est extrêmement complexe. Les types de
sols, les microclimats, les dizaines et dizaines de légumes à maîtriser tout au long de la
saison et l'enjeu de la vente directe sont qu'un imperçu de tous les aspects qu'il faut
apprendre à maîtriser afin de créer une entreprise de maraîchage rentable. Entre la
culture en serre, le plein champ non irrigué, l'attraction animale, le biointensif et j'en
passe, les types de maraîchage sont multiples et complémentaires. Alors aujourd'hui
c'est la méthode biointensive dont nous allons parler et pour ce faire je reçois Sylvain
Coudert qui est fondateur des Jardins de la Valette, maraîcher biointensif, formateur et
cofondateur de Speedplant qui conçoit des outils professionnels pour maraîcher. Alors
bonne écoute ! Je me souviens d'une discussion avec un collègue maraîcher au
marché de Saint-Giron en Ariège où je suis. qui me disait non, mais vraiment, c'est pas
possible. Le maraîchage, ça paye pas. Vraiment, c'est pas possible de faire du
maraîchage et d'en vivre. Et j'ai été très frustré parce que moi, ça marche. Après, ça
demande pas mal de travail, de réflexion, d'aménagement. Il y a des décisions à faire,
des choix à faire. Et du coup, c'est un peu pour ça que je voulais en parler avec toi.
essayer de voir un peu décortiquer à quoi ça tient, qu'est-ce qu'il faut pour penser à
une entreprise maraîchère qui tourne et de pouvoir en vivre. Mais donc avant qu'on
creuse ce sujet plus en détail, est-ce que tu veux bien te présenter, nous parler de toi,
ton parcours, ce que tu fais et comment t'en es venu à.
Sylvain Coudert: Faire ça ? Donc moi je m'appelle Sylvain Coudert, je suis maraîcher
depuis 2012, fin 2011 exactement. Je me suis installé sur la ferme familiale, la ferme de
mes grands-parents. J'utilise la méthode buentensive depuis toujours, depuis le tout
début. Alors moi je ne suis pas issu du milieu maraîcher. J'ai fait des études
électrotechniques et je me suis reconverti, je crois que j'avais 27 ans à l'époque, dans
le maraîchage. Donc ça fait 12-13 ans maintenant que je suis maraîcher, donc je suistoujours maraîcher. Je développe aussi des formations depuis quatre ans maintenant à
côté, en parallèle de cette activité-là, pour transmettre ce que j'ai appris et ce qui me
semble bon.
Lennan Bate: Dans le maraîchage. Alors tu parles de la méthode biointensive, est-ce
que tu veux.
Sylvain Coudert: Bien la présenter, de quoi il s'agit ? La méthode biointensive, ça vient
d'un système des maraîchers parisiens, enfin maraîchers, on va dire citadins, au début
du siècle, ou plutôt dans les années 1800-1850, C'est un peu le début de la
spécialisation de l'agriculture. Peut-être que jusqu'avant les années 1800, les
agriculteurs étaient surtout en polyculture élevage et ils avaient des activités à côté où
ils pouvaient cultiver quelques légumes. D'ailleurs, c'est resté longtemps dans les
campagnes comme ça. Mais il y a eu à un moment donné cette spécialisation,
notamment dans les grandes villes, Paris, Londres, les grandes villes européennes,
Bruxelles. Il y a peut-être un problème de foncier à l'époque, mais c'était pas comme
aujourd'hui. Ils produisaient sur ces petites parcelles, apportaient leurs légumes à la
ville et revenaient. avec énormément de matière organique à l'époque, parce qu'à
l'époque c'était encore les chevaux qui dominaient les transports, et donc ils avaient
accès comme ça à une matière organique importante. Et ils ont développé des
techniques sur toute petite surface, donc c'était généralement des parcelles de moins
de 8000 m², très cultivées, et à plusieurs personnes, on a des écrits là-dessus, où ils
étaient assis, 7 travailleurs, moins de 8 millimètres carrés, et ils produisaient comme ça
plusieurs tonnes de légumes qu'ils apportaient dans les capitales. Et ce terme bio-
intensif, c'est un anglicisme qui a été rapporté je pense de Paris-Lutte ou Allemagne, je
ne sais pas ce que ça a été introduit. Ça vient de « biologic intensive method », «
French method » même au départ. Donc c'est d'avoir une vie intense. Alors c'est vraique quand on utilise le mot « intensif » en français, ce n'est pas toujours bien compris
et connoté. mais ça vient vraiment d'une activité biologique intense dans nos sols, ça
vient de là. Et c'est un terme que moi je garde et que j'emploie encore aujourd'hui pour
expliquer mon maraîchage parce que ça reprend justement cette méthodologie avec la
modernité.
Lennan Bate: De 2020-2025, mais ça vient de là, de cette base. Si on se balade dans
tes jardins, à travers ton maraîchage, à quoi ça ressemble ? Qu'est-ce qu'on verrait et
en quoi ce serait différent.
Sylvain Coudert: D'Un autre type de maraîchage, peut-être plus classique, plus
conventionnel ? Oui, parce que c'est vrai que je parlais de l'origine, mais je n'ai pas
vraiment décrit ce que c'était. Déjà, peut-être quand même la taille, comme les
maraîchers du début, c'est que c'est tout petit. Moi, si on prend ma surface, grosso
modo, vue du ciel, de mes cultures, on est à moins de 5 000 mètres carrés. Donc ça,
c'est déjà le premier élément. Deux personnes à temps plein à travailler sur cette
surface, c'est une première spécificité, c'est la taille. Deuxième spécificité, c'est qu'on
est en planche permanente, c'est qu'il y a une standardisation et un découpage au fil
des ans, elles sont tout le temps là, tout le temps au même endroit. Elles font toutes 75
cm, avec des passepieds de 45 cm, et dans mon cas, elles font toutes 20 m. Donc ça,
c'est aussi une spécificité d'avoir cette standardisation. Alors, tu peux être en bio-
intensif et avoir des tailles un peu différentes, mais généralement, on retrouve ce
standard-là et surtout cette standardisation dans tous nos jardins, parce qu'on a
découpé notre parcelle, même si elle ne fait que 5000 m², de 12 planches qui vont
tourner en rotation sur 7 ans. Et dans mes serres, pareil, je vais avoir 6 blocs qui vont
tourner sur 6 ans. Donc toujours avec la même longueur, toujours cette même
standardisation. Ça, c'est vraiment un point qu'on retrouve partout dans la méthodebiointensive. La taille, donc petite, standardisée. Troisième point, je pense que c'est
l'apport quand même important de matières organiques, comme ils faisaient au début
du siècle. parce qu'on est sur petite surface, donc on a accès aujourd'hui à la matière
organique différente, nous dans notre cas ça va être du compost de déchets verts, qui
est aussi finalement produit par les villes, donc on est comme au début du siècle, on
récupère cette matière organique qui est produite par les villes ou par les citadins, et
que nous on va utiliser, c'est plus le fumier du transport, mais c'est quand même aussi
finalement un peu le même rôle qu'on récupère. Donc ça c'est un élément, c'est le
troisième élément. Et puis très diversifié, ça aussi. Souvent dans le maraîchage on va
trouver, déjà quand on parle de 10-15 légumes, on est déjà dans un système diversifié.
Moi j'ai envie de dire que nous on est plutôt des hyper-diversifiés où on monte
facilement à 40-45 légumes et je parle pas des.
Lennan Bate: Variétés où là on peut monter à plus d'une centaine de variétés. Alors il y
a pas mal de choses qu'on va pouvoir creuser. C'est drôle, moi j'ai récemment relu le
bouquin des jardiniers maraîchers du début du siècle et c'est extraordinaire de voir à
quel point chaque élément est un détail pensé, considéré à long terme. C'est-à-dire
qu'il y a une réelle réflexion sur comment rendre l'argent, comment elle sort, le temps
passé. Voilà, et c'est ce qu'on retrouve beaucoup là dans ce que tu décris, toute cette
réflexion sur la standardisation, sur les différents intérêts d'aménager les choses de la
sorte. Alors, peut-être en prenant chaque chose étape par étape, déjà tu parles de
petite surface. Alors quel.
Sylvain Coudert: Intérêt ça a d'avoir une petite surface et de cultiver une petite
surface ? Je pense que plus c'est petit, mieux on peut s'en occuper. C'est un peu mon
mantra, c'est cultiver moins mais produisez plus. Sur cette surface-là, on va essayer de
générer le maximum de légumes, donc de chiffre d'affaires, d'avoir une productivitémaximale sur cette surface-là. C'est vraiment du copier-coller de ce qu'ils faisaient au
début du siècle, c'est essayer d'enchaîner les cultures. Le fait que ce soit petit nous
permettra de mettre l'effort dans cette surface-là. Donc toute la matière organique que
je vais apporter, mes fertilisants, mes engrais verts, mes cultures qui vont être broyées
sur place, elles sont concentrées sur cette surface-là. Si c'était dilué sur 2 ou 3
hectares, sur plusieurs années j'aurais dilué ma fertilité. Ma fertilité c'est l'ensemble de
tous ces éléments, alors que là il va se concentrer sur cette petite surface. je ne sais
pas si on peut dire précis, mais toujours être attentif à l'ensemble du jardin de façon
rapide. J'aime bien dire que je fais mon tour de jardin en 10 minutes, et c'est vrai, en
moins de 10 minutes, je peux avoir un regard critique sur tout ce qui se passe sur mon
jardin, faire une liste de tâches ou faire une liste de problèmes, s'il y a des problèmes
ou de bonnes choses. Mais alors que si je dois gérer une grosse ferme avec de
nombreuses serres sur la globalité. Donc cette petite surface peut paraître une
contrainte et alors que c'est plutôt comme ça qu'on va arriver à être performant et on a
toujours cette tendance, et moi le premier, j'ai eu cette tendance plusieurs fois dans ma
petite carrière de maraîcher à vouloir agrandir, mettre un petit truc en plus là et à
chaque fois je me dis et voilà c'est encore un truc où tu.
Lennan Bate: Perds du temps, où tu mets de l'énergie et finalement ça rapporte rien.
J'adore ce proverbe qui dit que l'ombre du jardinier est le meilleur engrais. C'est très
juste. Plus on est présent, plus on est là, plus on est attentif, plus les plantes poussent.
Comment est-ce que tu fais pour avoir une telle petite.
Sylvain Coudert: Surface et d'avoir quand même une belle production, une
intensification sur tes surfaces ? C'est clair que la standardisation va aider. Le fait que
tout soit modernes comme de la planification avec des logiciels, moi j'utilise un bridgel,
ce logiciel français de planification qui va me permettre comme ça d'être le plus précispossible, alors lui c'est un outil mais à la réalité c'est à la base c'est quand même moi,
le maraîcher qui va connaître et calculer On va avoir des enchaînements très précis. Je
peux avoir un légume sur mon stand alors que j'ai déjà replanté là où il y avait le
légume. planification qui est très forte. On va semer en amont en pépinière, donc on va
avoir des temps comme ça qui vont être très serrés sur mes calendriers de culture et
ça me permet comme ça d'intensifier dans le temps mes cultures. C'est ça. La diversité
aussi, ça va permettre de jouer avec ça, les différents temps de culture. Il va y avoir des
cultures à cycle long, des cultures à cycle court que je vais pouvoir intercaler soit avant,
soit après, soit entre deux cultures. C'est vraiment ça, beaucoup d'outils aussi de
gestion, d'organisation. On pense en planche, on travaille en planche, c'est-à-dire que
tout est fait pour la planche, c'est-à-dire que toutes mes toiles tissées, mes filets anti-
insectes, mes arceaux, tout est dimensionné pour la planche. Donc en fait on a peut-
être cette charge.
Lennan Bate: Mentale et cette rapidité d'action lorsqu'on veut changer de culture ou
enchaîner des cultures. Est-ce que tu peux expliquer pourquoi est-ce.
Sylvain Coudert: Que cette standardisation est vraiment au cœur de l'efficacité du
travail ? Le fait d'être standardisé, on ne va pas s'éparpiller dans le matériel, prenons
déjà rien que le matériel. Aujourd'hui, on utilise du coup de goutte, de l'aspersion, de la
micro-aspersion. Donc quand tu as des lignes de coup de goutte, si tu as des planches
de 20 mètres, de 18 mètres, de 42 mètres, un système différent, des fois tu es en
planche, des fois tu n'es pas en planche, tu vas avoir un attirail et une panoplie de
différents tuyaux qui va falloir si t'es bien organisé tu vas peut-être pouvoir avoir
différents trucs mais le fait d'avoir tout pareil donc moi tout Fevermat je sais que
n'importe quel goutte à goutte que je vais prendre il va pouvoir être déplacé dans
n'importe quelle partie de mon champ et là j'ai pris que l'exemple du goutte à goutte çava être pareil pour mes filets anti-insectes, ça va être pareil pour mes filets thermiques,
pour le nombre d'arceaux, je sais que moi une planche c'est 15 arceaux, c'est pas 12,
c'est pas 14, c'est pas 28, et ça sera toujours pareil, donc t'as deux planches c'est 30,
t'en as 4 c'est 60, c'est toujours, cette base c'est la planche. Donc ça c'est pour la
partie matérielle, donc ça déjà rien que ça, ceux qui connaissent le maraîchage et
quand ils vont dans leur hangar chercher un filet, t'arrives sur tes planches et tu dis ah
mais non il est trop long, ah mais non il est trop court, et qu'est-ce que ça fait, qui vont
être attaqués potentiellement par les insectes, donc qui vont être perdus. Ça, sur un
modèle biotensif, ça ne peut pas exister en fait, parce que tu sais que toutes tes
planches sont pareilles, que tous tes filets sont faits pour ça. Donc ça, c'est dans la
gestion matérielle, et puis après dans la gestion des fertilisants aussi, on va avoir cette
logique-là pareil. On sait que pour une planche de salade, c'est tant de kilos par
planche, et en fait on va avoir des sodoseurs avec tel ou tel fertilisant, ça va nous
permettre aussi de déléguer facilement, c'est-à-dire que je peux déléguer un employé,
un saisonnier qui est sur la ferme, voilà, t'as une planche de salade à préparer, il y a un
listing quoi, c'est une bâche, c'est voilà, tant d'arceaux, tant de fertilisants pour cette
culture-là.
Lennan Bate: Donc ça.
Sylvain Coudert: Ça va aussi beaucoup nous aider. Et puis dans la culture elle-même,
c'est-à-dire que lorsque 40 salades. J'ai des standards comme ça pour toutes mes
cultures. Ça simplifie la gestion au quotidien parce que maraîcher, c'est quand même
un sacré boulot. Il y a vraiment beaucoup de choses à penser. Ça peut être très
énergivore au niveau mental, au.
Lennan Bate: Niveau organisation, gestion. Et d'avoir ces outils-là, cettestandardisation, ça simplifie, ça clarifie les choses. Ouais, quand on regarde, quand on
analyse un petit peu 10 minutes par jour à chercher des tuyaux, à voir que ça, ça
compte, c'est pas le bon, etc.
Sylvain Coudert: 10 minutes par jour sur l'année, c'est un mois entier de temps plein de
travail. Ouais.
Lennan Bate: J'Ai pas fait ce calcul, mais c'est énorme. Mais c'est ça, ça va très vite.
Donc, tu parles de la diversification, notamment des cultures. À quoi ça ressemble ?
Explique nous ce.
Sylvain Coudert: Que tu fais, comment tu fais les choix de diversification et des
légumes que tu cultives ? Au niveau des légumes, c'est important. J'ai fait le choix dès
les premières années d'avoir une gamme de 45, je crois que je montais presque à 50
légumes différents, donc avec des choses un peu exotiques parfois. C'est quelque
chose que je conseille toujours, de vraiment commencer avec beaucoup de cultures
différentes, d'être hyper diversifié. Ça permet d'apporter une offre large et ça a cet
intérêt quand tu commences le maraîchage, et que tu as un petit noyau de personnes
d'offrir vraiment un éventail de légumes et dans la saisonnalité. Il faut savoir que quand
même le maraîchage biointensif c'est fait pour de la vente directe sur les marchés,
banlieues, etc. Et c'est toujours bon d'avoir quand même une diversité sur son stand et
d'avoir comme ça 30-50 légumes différents. Par contre, il va y avoir des choix au b***
d'un moment et rapidement il va falloir aller se diriger aussi vers les cultures qu'on va
parler à fort potentiel, à haut rendement, pour laisser de côté peut-être des cultures
qu'on est moins efficaces sans but intensif. Il y en a 2 ou 3 qui passent par l'esprit, la
pomme de terre par exemple, le poireau, l'eau de garde, ce sont des cultures qui ne
sont pas forcément qui sont demandés sur le marché, mais qui finalement rapportés aumètre carré cultivé sur nos petites surfaces ne sont pas intéressants. Donc je vais
toujours avoir dans mes planifications, d'une année sur l'autre, un regard sur mes
cultures à fort potentiel. Et je peux avoir comme ça une dizaine de cultures phares, je
peux t'en citer carottes potes, oignons potes, courgettes, du mesclun, de la salade par
exemple. à la plus forte rentabilité sur ma ferme. Donc ça, je ne veux pas faire
l'impasse. Par contre, si je vois que sur une planche, je n'ai pas la place, de faire un
légume secondaire type célérira ou quelque chose qui va être plutôt secondaire mais
non je priorise toujours mes top 10 de légumes. Donc il y a aussi cette vision dans le
maraîchage biointensif où on va privilégier les cultures à fort rendement et d'ailleurs on
dirait que si on allait jusqu'à l'extrême où on va vers ce qu'on appelle urban farming les
sélections de cultures à cycles très très courts. Alors c'est pas mon cas parce que je
pourrais pas déjà, parce que je suis pas dans un milieu urbain, je suis à la campagne
et dans mon marché il n'y aurait pas ce potentiel de vendre que des pousses
d'épinards et du tatsoi, mais voilà.
Lennan Bate: On a quand même ce regard-là sur quelle culture on doit faire, c'est vrai
que c'est important. On entend que tu fais l'impasse sur certains légumes, donc
comment.
Sylvain Coudert: Est-Ce que tu choisis les légumes que tu cultives et ceux que tu ne
cultives pas ? Le choix, il est quand même économique. C'est ce que.
Lennan Bate: Je disais, le fait d'avoir un légume.
Sylvain Coudert: Qui va être plus rentable l'un par rapport à l'autre, ça, ça va être tu fais
pour t'en rendre compte et le voir ? On le calcule. On le calcule le rendement au mètre
carré d'une pomme de terre de garde par rapport à un rendement au mètre carré d'unesalade. Je fais un comparatif. Alors pour aller au b*** des choses, il faudrait prendre le
temps de travail, etc. C'est quelque chose qui n'est pas toujours facile sur des micro-
fermes d'imputer si on pense aux pommes de terre, aux poireaux, qui sont pour moi
des cultures qui ne sont pas très rentables, c'est le volume. C'est qu'on a un problème,
en fait, c'est que c'est des légumes qui vont être hyper consommés à l'automne. Si je
voulais produire pour ma clientèle, moi, je n'ai pas le nombre exact, mais par semaine,
je dois avoir à peu près 200 clients. Si je voulais produire du poireau pour 200 clients
pour leur soupe d'automne ou d'hiver, il me faudrait la moitié de mon jardin. Donc, ce
n'est pas Je vais en faire, j'en ai fait pendant longtemps, d'ailleurs cette année je n'en ai
pas assez, je ne fais plus de poireau d'automne, j'ai complètement arrêté. Je
m'amusais, parce que c'était vraiment ça, je m'amusais à faire trois planches, mais trois
planches en trois semaines, je n'avais plus de poireau. Donc je ne peux pas offrir du
poireau à mes clientèles pendant trois mois d'hiver, ce n'est pas possible, ça ne
fonctionnerait pas dans mon modèle Biointensive. Donc il y a aussi ce choix-là.
Lennan Bate: Qui est fait, est-ce qu'il y a un intérêt à fournir trois semaines du
poireau ? Ce n'est pas certain. Moi, c'est vrai que mon esprit fonctionne comme ça et
c'est vrai que j'ai pu beaucoup analyser chaque légume à réfléchir quels étaient les
facteurs limitants au maraîchage. C'était le temps de travail, le temps d'occupation de la
planche, que j'appelais un peu le loyer et donc le loyer changeait selon la saison. Et
puis la surface, le rendement au mètre carré. Et en fait, quand on regarde chacun de
ces éléments, c'est assez hallucinant de se rendre compte de certains légumes, de la
rentabilité de certains, qu'en fait d'autres qu'on pensait très rentables le sont beaucoup
moins rapportés au temps de travail. Et à partir de ça, on peut sélectionner et se dire
en fait, non, j'arrête de faire ce légume là, ou bien carrément. Plutôt que de se dire que
le prix de mes légumes est celui du voisin, de savoir réellement quel est le prix de mon
légume. Parce que moi, dans mon contexte, ça me coûte tant de produire ça, doncc'est ça mon prix. Et ça, c'est rarement quelque chose qui est fait. Je vois beaucoup de
maraîchers me dire que j'ai des navets parce qu'en hiver, les gens font un poteau-feu,
donc si j'ai des carottes et des poireaux, il faut bien que je leur offre des navets. Bah
non parce que potentiellement tes carottes elles payent pour tes navets et ainsi de
suite.
Sylvain Coudert: Et c'est là où on se retrouve à s'esclavagiser dans un système où on
fait tout parce qu'il faut bien. Oui, je suis entièrement d'accord avec toi. C'est pour ça
que j'ai des cultures que je ne fais plus. Et comme tu dis, c'est hallucinant des fois les
rentabilités au mètre carré de certaines cultures par rapport à d'autres. J'en ai deux à
l'esprit. Je pense par exemple aux brocolis. Et au Pak Choy, c'est assez dingue. Le
brocoli sur une plage de 20 mètres de long, ça a peut-être apporté au meilleur des cas
200 euros, peut-être les meilleures années. Je suis vraiment généreux. Alors qu'un Pak
Choy sur la même surface, ça va être plutôt autour de 1500. Donc on est sur des
choses qui n'ont rien à voir avec un cycle plus court en plus pour le Pak Choy. là, est-ce
qu'il faut du brocoli sur un stand ? Non, ce n'est pas sûr. Surtout si tu ne proposes pas
de pâques chorizo, c'est vraiment dommage parce qu'avec un tiers de planche, il te fait
ton brocoli. Mais oui, les gens veulent manger du brocoli.
Lennan Bate: Et ce n'est pas grave.
Sylvain Coudert: En fait. Ça aussi, c'est quelque chose que parfois on oublie que ce
n'est pas grave de ne pas tout avoir. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas de brocoli ou pas
de pommes de terre ou pas de poireaux dans mon cas que je n'ai pas mes clients. Les
clients qu'on a, Dans mon marché, ils papillonnent et ils sont là pour ça, donc ils vont
chez des collègues. Ce n'est pas mes concurrents, c'est des collègues. Ils vont
chercher ailleurs. J'ai des collègues qui font très bien de la pomme de terre surplusieurs hectares, etc. Et c'est très bien. On ne produit pas tout. On ne produit pas de
fruits. Il y.
Lennan Bate: A plein de choses qu'on ne produit pas. Il ne faut pas avoir peur de ne
pas avoir toute la gamme. Carrément. Et je pense que moi, souvent, quand je présente
le jardin, je dis mais ce n'est pas le seul modèle de maraîchage qui existe et qui
fonctionne. Au contraire, il y en a plein d'autres. Moi, ma sensibilité, elle est là-dessus.
J'ai envie de pouvoir travailler tout à la main. J'aime faire ce genre de légumes. Mais
voilà, il peut y avoir de l'attraction animale et c'est super. Et justement.
Sylvain Coudert: Il va compléter une offre que moi, je ne serais pas capable d'offrir à
une rentabilité qui serait viable pour moi. complètement aligné avec ça. Ce n'est pas le
seul modèle, on est entièrement d'accord. C'est un des modèles. C'est vrai que c'est
pareil, c'est le modèle qui m'aspire le plus et que j'ai embrassé depuis longtemps. Mais.
Lennan Bate: Heureusement que ce n'est pas le seul, c'est sûr. Pour certaines cultures,
il y.
Sylvain Coudert: A des modèles plus efficaces, c'est évident. Selon toi, quelles seraient
les qualités qu'il faudrait pour un jardinier maraîcher en biointensif ? c'est super
organisé, d'avoir cette vision globale de la ferme, cette organisation, aimer cette
gestion de culture, je crois que c'est là le nerf, la clé elle est un peu là, c'est aimer cette
gestion, c'est vraiment avoir ce regard, cette organisation, de faire attention aux
choses, au déplacement, tu parlais de 10 minutes et on perdait un mois par an de
chercher des tuyaux, etc. Il faut avoir envie, moi je suis toujours dans un modèle
d'amélioration, donc il faut avoir aussi, j'ai l'impression, cette mentalité de vouloir
s'améliorer tout le temps, parce qu'on ne peut pas laisser des choses s'accumuler surles années, ça fait vraiment beaucoup d'heures de travail qui vont être au final, qui vont
faire que toute la rentabilité globale du système. Et donc je crois qu'une des qualités,
c'est peut-être avoir cette vision et cette organisation, Pour le maraîcher bio-intensif ou
pas, je pense que c'est aussi d'aller voir des fermes, de se former. Comme je disais, j'ai
fait électrotechnique, donc rien à voir. J'avais cette fibre pour le potager, parce que
malgré mes études en électrotechnique, j'avais un potager. Je suis parti faire un BPRA
pépiniériste, donc je n'étais pas encore dans le légume. de cultiver avec ce PPRA
Pépiniéris, que je faisais en alternance. C'était ça qui était surtout le gros point fort,
c'est que j'ai travaillé une semaine sur deux dans une entreprise où on cultivait. Je
conseille toujours de se former au moins une saison, un an en PPRA, c'est d'après moi
le minimum. C'est important, bien que l'apprentissage de la production peut se faire.
J'ai des exemples autour de moi qui n'étaient pas producteurs de légumes, mais
finalement ils ont fait un jardin biointensif, enfin ils sont maraîchers biointensifs, et ça a
décollé direct. Mais parce qu'ils avaient vraiment cette philosophie entrepreneuriale,
d'organisation, de planification, eux ils avaient vraiment par contre cette capacité
végétales, mais ils avaient tout le reste. Et peut-être que finalement, il y en a un qui est
plus important à voir. Peut-être cette fibre organisationnelle, entrepreneuriale où tu vois
une gestion globale de ta ferme. C'est peut-être.
Lennan Bate: Plus difficile, peut-être, à acquérir. Je ne sais pas. Alors que peut-être
l'aspect culture, finalement, peut s'apprendre un peu sur le tas. Et donc, quand tu dis
voir.
Sylvain Coudert: Des fermes, quel type de ferme est-ce que tu as vu? Est-ce que tu as
vu des choses inspirantes? Et c'est où? Moi, quand je me suis lancé maraîcher, j'étais
membre de l'APABA. Enfin, je suis toujours à l'APABA. L'APABA, c'est notre Gab à
Navéron. Et on avait la chance de pouvoir visiter les fermes, mais pas en bio-intensif. Iln'y en avait pas, en fait, à l'époque. Donc, vraiment, c'était juste voir des maraîchers,
discuter. Et vraiment, ça, c'est quelque chose que j'invite tout le temps à le faire. Et moi,
je le fais encore. C'est oui, en pleine saison, mais ce n'est pas grave. Tu pars une demi-
journée, tu pars une journée, voire trois jours de ta ferme et tu vas voir ailleurs ce qui
se passe. Parfois, tu attends le 3ème jour pour juste avoir une information qui va te faire
gagner des années. C'est pour moi important. Parfois, ce n'est pas assez fait par les
jeunes maraîchers. Il faut vraiment aller voir ailleurs et dans d'autres fermes. Il y a des
choses, tu vas peut-être le découvrir par toi-même, sauf que si on te le dit, tu vas
gagner des années. Et ça, c'est important. Visiter des fermes dans les réseaux,
localement, etc. Dès que tu as.
Lennan Bate: L'Opportunité, j'ai toujours envie de dire, il faut y aller. Il ne faut pas avoir
peur de quitter sa ferme, au contraire. Et alors ça c'est quelque chose dont on n'a pas
encore parlé, mais est-ce que tu es d'accord pour partager un peu tes chiffres ? Quelle
est ta rentabilité ? Comment ça se passe.
Sylvain Coudert: Au niveau du chiffre d'affaires chez toi ? Et tout à l'heure tu parlais de
deux unités à temps plein, comment est-ce que ça s'organise ? Oui, nous au niveau
chiffre d'affaires, on va prendre l'an dernier, comme ça l'année elle était terminée, on
était en 2024, on est à 90 000 euros de chiffre d'affaires. C'est des légumes produits
sur la ferme, il n'y a pas d'achat-revente. C'est ce qu'on produit et ce qu'on vend en
direct sur nos deux marchés. Et niveau personnel, je parle de deux UTH, deux
équivalents de temps plein. Qu'est-ce que c'est ? C'est deux personnes qui en théorie
travailleraient 35 heures toute l'année sauf 5 semaines de congés payés. Donc ça c'est
la base. Sauf qu'en maraîchage ça c'est très difficile à faire parce qu'on a ce cycle
justement où on a un pic d'activité d'avril jusqu'à septembre où on a un pic plus fort.
Donc en fait ça fonctionne pas tout à fait comme ça, c'est-à-dire que ça c'est unéquivalent et nous on peut se retrouver à 3 personnes en même temps pendant la
période hivernale. C'est l'équivalent de 2 ETP mais parfois on peut monter à plus que
ça.
Lennan Bate: Et à un moment donné où je vais être plutôt au repos et où là il y aura
vraiment 0,1 ou.
Sylvain Coudert: 0,2 ETP parfois sur certaines périodes. Du coup, vous faites un
accordéon sur les saisons avec des moments où vous travaillez des horaires plus
longs ? Alors oui, les horaires plus longs, pour moi, dans le sens où moi, je ne dépasse
jamais 40 heures semaine. Ça, c'est vraiment dans les pics de production où je vais
avoir avec le marché, avec le bureau, avec tout compris, c'est-à-dire que ce n'est pas
que 40 heures au champ et loin de là. Ça, c'est vraiment les pics de production, donc
avril-mai notamment, où là, c'est vraiment le moment phare de la saison. Avril-mai-juin,
c'est C'est le moment où je conseille d'avoir de l'armée d'oeuvres en plus, car c'est le
moment très critique où on a beaucoup de cultures chronophages à mettre en place. À
cette période-là, j'ai quelqu'un qui est là sur la saison, plus des saisonniers. Ça va se
faire avec les saisonniers, donc avec les gens qui travaillent, où justement l'ETP
augmente et on va se retrouver à 3 ETP. Eux, ils vont être à 32 heures, moi à 40 par
exemple. Et alors qu'au mois de mars, on va être que 2 et au mois de février, il n'y a
personne par exemple. Là, on est à 0 ETP et janvier où je peux être tout seul, où je vais
avoir juste une plantation. en première semaine janvier où là je vais être à 0,1 ETP ou
0,2 ETP parce que j'aurais fait juste trois jours de plantation. Voilà comment c'est avec
le personnel que ça se lisse et aussi avec mes heures de travail à moi qui vont être
différentes suivant la saison. Mais jamais on n'a pas d'heure.
Lennan Bate: Sup en fait, il n'y a pas.Sylvain Coudert: D'Heure sup, il n'y a pas de surcharge de travail, c'est juste on arrive
au 40 heures à un moment donné. Et comment tu fais pour respecter ça ? te donne le
secret, c'est qu'à 4h30, c'est terminé. C'est fait ou pas fait, c'est qu'on quitte le poste,
limite on lâche la binette des mains. Je suis assez extrême sur les horaires, mais
vraiment dans ce truc-là où le travail doit être fait. Si ce n'est pas fait, c'est qu'il y en
avait trop pour la journée et on reporte le demain. Alors le fait de se mettre ces horaires
là, ça fait quand même un gros avantage. Ces horaires sont vraiment arrivés aussi avec
l'emploi de saisonniers. Ça m'a forcé à avoir des horaires plus stricts parce que c'est
vrai que quand on est tout seul sur le ferme au départ, on peut un peu se laisser aller
et se dire bon mais j'irai après manger, des choses comme ça. C'est quelque chose
que j'ai fait un petit peu les premières années et je dis pas que les premières années
d'installation, l'année 1, 2 voire 3, il peut y avoir cette surcharge de travail quand mais
ça ne doit pas être une routine. moi c'est s'imposer des horaires et donc prioriser nos
actions. On a toute une gestion au niveau des tâches à faire avec mon logiciel Brunel
qui me dit ce que je dois faire mais aussi mon tour de fer de 10 minutes qui va me
montrer mais voilà on doit faire ça ça ça ça on va avoir un tableau où on va mettre
toutes les tâches de la semaine avec des priorités et voilà on avance tâche par tâche et
le fait d'avoir un temps limité donc tu priorises tes actions voilà c'est Après, c'est vrai
que ça fait quand même 12-13 ans que c'est comme ça, mais le fait d'avoir.
Lennan Bate: Des horaires, ça se contraint, je pense, comme la surface en fait. On est
contraint dans ses surfaces, on est contraint dans ses horaires, il faut que ça rentre. Et
du coup, on devient créatif, plus efficace. Et ça, c'est.
Sylvain Coudert: Effectivement sur les surfaces, mais aussi sur le temps. Quand on a
un horaire où on doit s'a******, on y arrive. On fait le maximum pour finir à temps. C'est
ça. C'est de la priorisation. Mais ça, c'est pas spécifique au maraîchage. On l'a vu dansplein de domaines, dans plein d'entreprises. Si tu me laisses huit heures et une
personne pour une tâche ou tu me laisses quatre heures, au final, c'est peut-être Le
gain qu'elle aura fait en.
Lennan Bate: Quatre heures de plus, il est très faible finalement. C'est un peu aussi la
loi de Pareto, 80-20 pour aller galier ces derniers pourcentages. Finalement, ce n'était
pas important. Tout à l'heure, tu parlais de la fertilité, la ville qui nous ramenait de la
fertilité de chez eux et en échange, en fait, nous, on leur redonne aussi de la fertilité à
travers des nutriments. Est-ce.
Sylvain Coudert: Que tu peux en parler ? Qu'est-ce qui se passe chez toi ? Quelles
évolutions tu as pu voir au niveau du sol ? Et puis aussi peut-être la qualité des
légumes ? que je disais, le compost de déchets verts qui est fait à quelques kilomètres
de chez moi, ça a tout changé. Au niveau du sol, c'est quand même assez fou. Il n'y a
même pas une heure, j'étais encore là en train de grattouiller le plat, je me dis c'est fou
ce sol alors que ce n'était pas du tout comme ça il y a 5-6 ans. Cet apport massif entre
guillemets de matières organiques où on va apporter les premières années.
Aujourd'hui, on en met moins. Mais vu qu'on ne retourne pas, on n'est pas dans un
système de labo, on n'est pas dans un système mécanisé, donc on travaille vraiment
juste en surface. Cette matière organique, elle est là, elle est toujours présente, elle est
là en surface. Et on va avoir cet horizon-là de 10-15 cm qui est un amas plein de terre
et de compost qui est complètement différent de mon sous-sol qui, lui, était quand
même très clair, très hydromorphe, battant. Et là, on se retrouve avec plus simple à
travailler, plus sombre, qui se réchauffe plus vite, des levées de semis plus belles, et
puis des cultures derrière qui répondent. C'est vraiment une force, et ça aussi c'est un
point qu'il ne faut pas mettre de côté, sur nos petits modèles on peut.Lennan Bate: Justement le faire, donc il faut se.
Sylvain Coudert: Servir de cet atout là, c'est beaucoup et là il y a d'autres techniques et
peut-être d'autres modèles à inventer qui existent d'ailleurs pour ça quoi. Et vous faites
des analyses de sol ? Il faudrait que j'en refasse une, parce que j'en fais une tous les 4
ans à peu près, et il est temps en 2026 de refaire une pour voir l'évolution. J'en avais
fait une au départ, juste avant le 1er travail de sol, on a des taux de moitié organique
qui ont fait x3, x4, une stabilisation de calcaire, etc. En 3-4 ans, tu vois l'évolution. C'est
une évolution plutôt de surface. Je n'ai pas changé la nature.
Lennan Bate: De mon sol sur un mètre de.
Sylvain Coudert: Profondeur, mais ça m'est égal. Ce n'est pas là que ça se passe. C'est
vraiment au niveau de la surface que ça se joue pour les légumes. Vous êtes à
combien de taux de matière organique ? On avait 1,5 à peu près de matière organique.
Et là, on doit être à 4, 5, quelque chose comme ça. C'est des sols avec 15% d'argile,
plutôt limon.
Lennan Bate: Hydromorphes, qui retiennent beaucoup l'eau pendant l'hiver, le
printemps. Des limons qui ne sont pas drainants, ce n'est pas des limons.
Sylvain Coudert: De rivière. C'est vraiment des limons qui peuvent prendre un bloc,
justement, avec l'humidité. Alors ça, c'est un truc que je ne t'ai pas demandé, mais
vous cultivez combien de mois par an ? Au niveau de la commercialisation, c'est avril,
fin décembre. Ça peut bouger. On a fait plus.
Lennan Bate: Mais c'est plutôt tendance à se rétracter en ce moment, à finir un peuplus tôt. Donc tu as quand même des plantations en janvier sous serre, puis des
dernières plantations en septembre à peu près. Alors toi, tu fais de la formation et si
quelqu'un voulait s'installer, qu'est-ce que tu conseillerais ? Quelle est la meilleure.
Sylvain Coudert: Façon pour justement gagner du temps, de l'argent aussi, parce que
les erreurs, ça coûte cher au dos et en énergie, mais aussi en argent. Donc, qu'est-ce
que tu conseillerais de faire ? Comment est-ce qu'on s'installe efficacement ? de faire
un BPRA, je trouve que c'est quand même une porte d'entrée dans ce monde-là,
surtout lorsqu'on est non issu du milieu agricole, ça va nous permettre de rencontrer
aussi d'autres personnes dans les mêmes situations, d'échanger aussi avec des
potentiels futurs maraîchers.
Lennan Bate: Etc.
Sylvain Coudert: D'avoir une première approche du végétal qui pour moi est
importante. Moi j'ai fait un BTS1 aussi en horticulture et je trouve que d'avoir quand
même quelques notions d'agronomie sans parler d'être agronome, je trouve que le
BPRA Ensuite, dans l'idéal, tu peux faire une saison chez un maraîcher. Et là, j'ai envie
de dire, peu importe le modèle, plutôt un maraîcher performant qui envoie du légume.
Je ne sais pas si c'est très clair, mais ce n'est pas forcément le modèle, le petit
maraîcher qui va s'installer. Ça peut être un conventionnel, même si tu veux faire du bio
plus tard, etc. Mais quelqu'un, voilà, une entreprise où ça produit du légume, où là, tu
vas avoir du palissage, tu vas avoir de l'exercice, tu vas avoir plus Et puis après, si tu
fais un modèle bio-intensif, j'ai envie de dire, il vaut mieux que tu fasses ma formation,
tu vas gagner quand même, pas mal d'années. Nous, on a formé, je ne sais pas, plus
de 300 personnes aujourd'hui et voilà, on a vraiment un taux de satisfaction qui est
énorme. Mais je mets aussi en garde parce que je ne vais pas dire, voilà, tu fais maformation et tu t'installes, c'est faux, ce n'est pas vrai. Aujourd'hui, je ne conçois pas
qu'on puisse juste faire une formation en ligne et s'installer maraîcher, c'est un peu
risqué. Mais c'est vrai que si on fait la formation par micro-ferme, on va donner toutes
les clés, les plannings, les idées de culture, etc. Tout ça, c'est des choses que nous, on
a étudiées On a vraiment pris le temps de tout quantifier au.
Lennan Bate: Niveau de la liste du matériel, des semences, etc. Donc c'est vrai que ça
te permet quand.
Sylvain Coudert: Même d'avoir un bagage clé en main de ton installation, mais ça
n'empêche pas de faire quand même le reste en amont. Si tu devais revenir dix ans en
arrière et te donner un conseil, qu'est-ce que ce serait ? et ça c'est pas grave, j'ai
changé de ferme, mais mon conseil ça serait, et c'est toujours un peu le même que je
donne, de ne pas sous-investir, et pourtant c'est des modèles qui ne demandent pas un
gros investissement, c'est-à-dire que c'est important d'avoir vraiment le matériel dès le
début, moi la grosse erreur que j'ai faite c'était de ne pas avoir assez de serre il y a 10
ans, c'était vraiment le manque de serre, ça a été un point Le choix du lieu, rien ne
nous empêche.
Lennan Bate: De changer, c'est ce que j'ai fait. J'ai eu la chance d'avoir un lieu qu'on
m'a prêté, qui n'était pas un lieu idéal, mais ça m'a permis de m'installer. Mais faire
attention au choix du lieu, cet accès à l'eau. Je me souviens d'avoir entendu dire un
truc qui m'avait bien plu et bien parlé. Tu faisais cette métaphore sur un restaurant qui
n'allait pas ouvrir.
Sylvain Coudert: Ses portes au public avant d'avoir fini sa cuisine, sa salle à manger,
etc. Et que pourtant, en maraîchage, que deux fois, on le faisait. On n'avait pas fini depréparer son midi de travail et qu'on commençait à travailler. Ouais, c'est clair qu'on
l'est. on est très particulier les maraîchers. Je me rappelle quand j'ai dit ça, c'est
lorsqu'on dit la première année d'installation, est-ce qu'on doit, ça c'est sur la première
année d'installation, c'est ce que je conseille aujourd'hui, c'est que la première année
tu t'installes, tu mets tout en place et c'est vrai que c'est un conseil que j'aurais bien
aimé aussi avoir lorsque je me suis installé mais ça c'était il y a 13-14 Mais oui, j'aurais
dû juste prendre le temps de m'installer avant de vendre des légumes sur les marchés.
Et j'ai des exemples autour de moi qui ont fait la formation et qui ont justement fait ça,
de prendre le temps de s'installer. Et c'est juste incroyable. Du coup, l'année 1 de
commercialisation ou l'année 2 d'installation, on va dire, où de suite, ils sont à 30 000.
Lennan Bate: Euros de chiffre d'affaires et c'est parti. Ça va très, très vite par rapport à
ce que moi, j'ai pu faire il y a 14 ans. Oui, c'est sûr que la première année, on ne.
Sylvain Coudert: Devrait pas ouvrir nos portes. Pour honorer un podcasteur américain
qui s'appelle Chris Blanchard, qui est mort maintenant, il posait cette question souvent
à la fin qui était, c'est quoi ton outil favori ? Et j'ai envie de te la poser. Le premier truc
qui m'est venu, et pourtant ce n'est pas pour lui faire de la pub, mais le premier mot qui
m'est venu, c'est Bridgen. C'est l'outil de planification, sans citer de marque, mais je
crois que c'est l'outil qui a quand même fait, vu qu'il est américain, un game changer.
C'est l'outil qui a fait passer peut-être ma ferme à un autre stade.
Lennan Bate: Lorsque je suis passé de mon Excel qui était pourtant Costaud, on avait
vraiment peaufiné le truc avec des collègues et.
Sylvain Coudert: Tout, mais quand même, de ne passer un dossier de planification, ça
m'a fait un vrai changement sur la ferme. Alors, est-ce qu'il y a une chose que tutrouves difficile à entendre pour la plupart des agriculteurs et des agricultrices ? Il y a
l'éthique qui rentre beaucoup, je trouve, dans le maraîchage. C'est important d'avoir
l'éthique, c'est pas le truc. Mais il y a un gros mot, tu vois, quand on parle de rentabilité,
de gagner de l'argent, etc. Il y a quand même parfois un blocage à ce niveau-là. Et je
trouve que c'est dommage de ne pas pouvoir vraiment plus ouvrir ça au niveau des
agriculteurs. Et je peux, je conçois et je comprends qu'on n'ait pas besoin de gagner 2
000, 3 000 et qu'on peut gagner 500 euros par an et c'est très bien. Mais pour moi, ce
n'est pas un modèle qu'on peut promouvoir. En tout cas, je ne vois pas comment on
peut donner envie à des nouvelles générations de venir à la ferme se réinstaller
agriculteur, se dire tu vas déjà travailler pendant trois ans assez fort et puis après tu
vas continuer à travailler fort et gagner 500 euros, ben non c'est pas possible tu vois.
Donc c'est cet aspect travail, finances et oui on a un modèle économique et moi je le
défends et ouais il faut que je fasse des cultures rentables et je défends donc ce côté
là, aspect entrepreneurial entre guillemets quoi parce que on est loin d'être dans une
mutande nationale. C'est vraiment des toutes petites entreprises, mais c'est quelque
chose qui manque, je trouve, au maraîchage. Et on le voit, et c'est dommage, parce
que des fois, c'est pas grand-chose, en fait. C'est des petits caps à passer, et
finalement, derrière.
Lennan Bate: Ça fait toute la différence, et ça nous permet d'être encore maraîchers au
b*** de 15 ans, et dire, ben, ça va, tu vois. Ça roule, et on continue comme ça. Alors
que... Ce n'est pas toujours le cas, malheureusement, en maraîchage. Oui, parce que
l'attractivité du secteur agricole, elle est aussi grandement due au fait de pouvoir en
vivre. Et je pense que les jeunes, ils ne sont pas c***. Ils n'ont pas envie de s'installer
en maraîchage ou dans le milieu agricole parce que ça ne paye pas, parce que les
parents ont dit toute leur.Sylvain Coudert: Vie, surtout ne fais pas comme moi, ne t'installe pas agriculteur parce
que c'est pas rentable, parce que c'est difficile, parce que Il y a des fluctuations du prix
du marché qui rendent ce choix de vie très compliqué, donc c'est normal. Oui, c'est
assez normal et ça s'entend parce que c'est aussi une réalité d'une grosse partie des
agriculteurs. Mais parce qu'on a aussi cette vision assez caricaturale des agriculteurs
et qu'il y a peut-être d'autres modèles et d'autres façons de faire. Et voilà, moi, c'est ce
que je crois à travers le modèle bioétensif. Il y a quand même peut-être des début du
podcast, où ça va bien, où tu gagnes bien ta vie, et oui, il y a quand même d'autres
façons de produire. Et moi, je trouve que le modèle biotensif, à travers toutes les
fermes.
Lennan Bate: Aujourd'Hui qui sont dans ce réseau-là, on le prouve. Les chiffres sont là,
on les montre, on le dit, après on est entendu ou pas entendu, mais en.
Sylvain Coudert: Tout cas, je trouve qu'il y a quand même une fenêtre dans cette
direction. Est-ce que tu veux partager des liens, des réseaux, des ressources en
particulier, peut-être notamment de tes formations, où les gens peuvent te contacter, te
suivre ? Le gros, c'est les jardins de la Valette, lesjardinelavalette.com. Là-dessus, c'est
un report story à peu près tout ce qu'on fait. Et là où on est très actif, c'est là où il y a
aussi la plateforme de formation, c'est ce que j'appelle le cercle du maraîchage. Et là,
on est plus de 1500 maraîchers à discuter. C'est gratuit. Tu tapes le cercle du
maraîchage sur Internet et tu tombes dessus. Il.
Lennan Bate: Suffit de s'inscrire. Et là, il y a tout un tas de maraîchers. C'est ouvert à
tout type de.
Sylvain Coudert: Maraîchage. Mais je vous avoue qu'il y a 80%.Lennan Bate: Ou 90% des conversations qui sont sur le bio-intensif. et puis le cercle du
maraîchage. Super. Merci pour tout le travail que tu fais et les formations que tu donnes
et l'inspiration. Merci Sylvain. Merci à toi. C'était cool de partager tout ça.
Dec 18, 2025
48 min

Dec 3, 2025
Dec 3, 2025
43 min
Depuis le début de ce podcast, on explore l’importance de la vie du sol pour la vitalité des plantes, des animaux, et plus largement des systèmes agricoles. Aujourd’hui, nous allons faire un pas de plus, en traçant les parallèles entre ce qui se passe sous nos pieds et ce qui se passe dans nos entrailles.
C’est un sujet qui me tient très à coeur et pour nous guider dans cet univers où se croisent agronomie, biologie, santé humaine et philosophie du vivant, j’ai le plaisir d’accueillir Nina Vinot.
Ensemble, on abordera les sujets d’ensemencent microbien, pourquoi certains micro-organismes colonisent… et d’autres pas, de l’impact de notre alimentation et de nos pratiques agricoles. On regardera les parallèles que l’on peut faire entre sol, plante, animal et humain, bref un épisode qui aide à comprendre comment le vivant s’organise, se régule… et comment nos choix influencent tout le système.
Suivre le travail de Nina Vinot
https://www.linkedin.com/in/nina-vinot/?originalSubdomain=fr
Liens et références citées :
Marc andré Selossehttps://actes-sud.fr/contributeurs/marc-andre-selosse
Pauline Woerhlehttps://herbivor.fr/
Pour récouter le podcast avec Pauline Woerhle :
https://open.spotify.com/episode/6IYHSC7jRW9DkUXAgu2QaR?si=f5cb33cab1ef4a02
Cyber Agrocare
https://www.cybele-agrocare.com/
Bioprox HealthCare
https://www.bioprox-healthcare.com/
Americain Gut Project
https://journals.asm.org/doi/10.1128/msystems.00031-18
La pyramide de la santé des plantes de John Kempf
https://www.verdeterreprod.fr/john-kempf-sante-des-sols-nutrition-des-plantes-traduit-en-francais/
Plan Marval
https://wiki.tripleperformance.fr/wiki/Plan_Marval_-_Indicateurs_des_sols_vivants
Elaine Ingham
https://www.soilfoodweb.com/
Podcast de Graeme Sait
https://open.spotify.com/show/4UD6j4HPoF3YIRJIZUjiBT
Podcast de John Kempf
https://open.spotify.com/show/14s0owdUUxjTYUeNXpWnv8
Livres cités :
What your Food Ate, Biklé & Montgomery
https://www.fnac.com/livre-numerique/a16393531/David-R-Montgomery-What-Your-Food-Ate-How-to-Heal-Our-Land-and-Reclaim-Our-Health
Jamais seul - Marc André Selosse
https://actes-sud.fr/jamais-seul
L’origine du monde - Marc André Selosse
https://www.librairie-permaculturelle.fr/ecosystemes-ecologie/833-livre-l-origine-du-monde-une-histoire-naturelle-du-sol-a-l-intention-de-ceux-qui-le-pietinent-marc-andre-selosse.html
Une seule santé - Pierre Weill
https://actes-sud.fr/catalogue/nature-et-environnement/une-seule-sante
Teaming with Microbes - Jeff Lowenfels (en français un sol vivant, un allié pour cultiver)
https://www.eyrolles.com/Loisirs/Livre/un-sol-vivant-un-allie-pour-cultiver-9782812610363/
La révolution d’un seul brin de paille - Masanobu Fukuoaka
https://www.librairie-permaculturelle.fr/agriculture-naturelle/17-livre-la-revolution-d-un-seul-brin-de-paille-masanobu-fukuoka.html
Transcription :
Episode 29 - Les liens entre microbiologie du sol et
microbiote intestinal avec Nina Vinot
Nina Vino: Faire de l'écologie, ce n'est pas essayer de soigner la Terre comme si la
Terre était séparée de nous. C'est essayer de soigner l'ensemble de toutes ces
interrelations. Et je suis fondamentalement convaincue qu'on n'aura pas de santé
humaine sans passer par la santé des écosystèmes.
Lennan Bate: Bienvenue sur Renoué, le podcast qui explore les liens profonds entre la
santé des écosystèmes, des plantes, des animaux et la santé humaine. L'agriculture
occupe une place centrale dans nos vies. Qu'il s'agisse de nous nourrir, de produire
des fibres pour le textile ou de cultiver des plantes pour nous soigner, elle façonne
notre société à bien des égards. Mais alors comment repenser notre relation vivant afin
d'honorer sa capacité exceptionnelle à se régénérer et construire une agriculture
réellement bénéfique pour tous ? C'est ce que je vous propose d'explorer ensemble au
travers de discussions avec celles et ceux qui œuvrent pour une santé globale. Comme
je te disais la dernière fois, on a déjà bien établi sur le podcast l'importance de la
microbiologie du sol pour la santé des cultures et des animaux. Et donc à présent,
j'aimerais, Nina Vino, que tu nous aides à faire des parallèles entre la microbiologie du
sol et le microbiote intestinal. Donc avant de rentrer dans le vif du sujet, est-ce que tu
peux te présenter et nous parler de ton.
Nina Vino: Parcours ? J'ai une formation d'ingénieure agronome et pendant mon
parcours d'études, je me suis spécialisée en nutrition. Je m'intéressais à la santé,
même par la nutrition. Et après, j'ai distribué des ingrédients nutritionnels et très
rapidement, je suis tombée sur les probiotiques et je suis tombée amoureuse des
probiotiques. Je me suis dit, oh là là, mais ça change tout ce qu'on a appris en nutritionparce que tout ce qu'on mange passant par le microbiote peut être transformé et ça
peut changer la façon dont on absorbe, ça peut changer les métabolites qui en sont
issus. D'ailleurs, il y a des chiffres, je ne sais pas ce qu'ils valent, mais Bickley et
Montgomery ont dit qu'il y avait 40% des molécules circulant dans notre corps qui
viennent du microbiote. Effectivement, ça change un peu toute notre perspective sur la
nutrition. J'ai travaillé pendant une bonne dizaine d'années en tant que technico-
commerciale dans les probiotiques pour vendre la science des probiotiques à des
laboratoires de compléments alimentaires, des laboratoires pharmaceutiques. Et puis,
dans mon parcours, j'ai essayé d'élargir un petit peu la vision sur les micro-organismes.
Quels étaient les liens entre les micro-organismes et la santé planétaire, j'ai envie de
dire. J'étais aussi assez attirée. C'était important pour moi que mon travail ait du sens
en termes de durabilité, écologie, etc. Donc j'ai essayé de relier aussi un peu cet intérêt
pour les micro-organismes à la santé planétaire. C'est arrivé, j'ai envie de dire, par
plusieurs étapes, j'ai commencé à écrire des blogs en cherchant un peu les liens entre
les microbes et différents aspects de la santé humaine et puis de la santé planétaire.
Par exemple, les microbes par la pluie, les microbes et la santé des coraux. La vache
qui n'est pas… beaucoup d'influences de Marc-André Solos, la vache qui n'est pas
vraiment herbivore, mais qui élève des microbes dans le sang humain. Je crois que
Pauline Verlet, Interroger dit un peu la même chose. Donc voilà, plein de réflexions
finalement sur comment est-ce que notre coévolution avec les micro-organismes et leur
rôle de grands connecteurs du vivant peut être un levier dans d'autres choses que la
santé humaine, mais la santé aussi des sols, la souveraineté alimentaire, les cycles du
carbone, les cycles de l'azote, le levier de la biodiversité. le levier du climat aussi,
puisque la séquestration du carbone dans les sols est vraiment un levier du climat
important. Et c'est, je dirais, c'est il y a trois, à peu près trois-quatre ans, où j'avais lu
What Your Food Ate de Bickley Montgomery, et ça a été une grosse, grosse influence
pour me dire, mais en fait, la santé humaine, de toute façon, ne peut pas se faire sansla santé des sols, sans le microbiote des sols, Et est-ce qu'il n'y aura pas des parallèles
et des leviers entre ce que j'ai appris sur la microbiote intestinale, en grenouillant
pendant plus de dix ans dans les conférences sur les probiotiques et le microbiome, et
l'appliquer au microbiome des sols, et comprendre finalement quels parallèles peuvent
se faire. Et voilà comment je suis arrivée depuis l'an dernier chez Cybella Grocker, qui
travaille... C'est une entité légale séparée, mais c'est deux sociétés qui ont un même
ADN industriel de fermentation, avec Bioprox Healthcare, qui fait des probiotiques pour
la santé humaine, et Cybelle Agrocare, qui fait des biostimulants, des biofertilisants
pour l'agriculture. Et moi, je m'occupe du développement business pour.
Lennan Bate: Les deux. Alors, ça fait 10-15 ans qu'on entend beaucoup parler de
microbiote intestinal. Mais alors, de quoi est-ce qu'on parle quand on parle de
microbiote.
Nina Vino: Intestinal ? Et pourquoi est-ce que c'est important ? C'est une très vaste
question. Quand on parle de microbiote intestinal, on parle de tous les micro-
organismes qui peuplent notre intestin. Et ça peut être bactéries, champignons, virus,
c'est très large. Souvent, on fait une sorte de réductionnisme, on parle beaucoup des
bactéries et des champignons, mais le microbiote est plus large que ça. Et de tous les
liens avec notre santé, parce que le microbiote intestinal, c'est aussi là où on va avoir
70% de nos cellules immunitaires, c'est la première ligne de défense pour notre santé.
Tout ce qu'on mange peut être potentiellement pathogène, c'est pour ça qu'on a un
estomac hyperacide à pH2, c'est pour ça qu'on a toute cette résistance et toutes ces
cellules immunitaires au niveau du microbiote intestinal. Et puis c'est là où on va avoir
énormément de régulation de notre métabolisme, même de notre comportement au
niveau neurobiologique. On parle beaucoup des psychobiotiques depuis 5-10 ans.
C'est tous ces liens, en fait, entre le microbiote et le cerveau, et le comportement, etl'humeur, et la dépression. Et ça, il y a plein de mécanismes. Moi, j'ai tendance à aller
rapidement vers les mécanismes parce que je trouve que c'est assez éclairant sur
qu'est-ce qui se passe, comment ça se passe, comment ça nous constitue. Mais on sait
déjà qu'il y a des liens déjà au niveau au niveau neuronal, le nervague, qui est vraiment
l'autoroute de la communication bidirectionnelle entre l'intestin et le cerveau. Après, il y
a toutes les régulations endocrines, production d'hormones, qui va jouer au niveau
systémique. Toutes les régulations au niveau immunitaire, notamment inflammation, les
cytokines, quand les micro-organismes vont être en contact avec les cellules
dendritiques, de l'immunité au niveau intestinal, elles vont stimuler une réponse, et la
sécrétion d'interleukins, qui sont des messagers de l'inflammation, de la régulation
immunitaire, donc certaines qui vont être pro-inflammatoires, anti-inflammatoires.
L'inflammation peut jouer aussi sur la neuro-inflammation, donc liée sur le stress,
l'anxiété, la dépression. Les probiotiques, beaucoup de probiotiques vont avoir des
effets anti-inflammatoires, c'est une des raisons pour lesquelles ils sont intéressants, et
donc ils peuvent jouer aussi sur la prévention de ces choses-là. Ils peuvent jouer sur le
la perméabilité intestinale, et quand on a moins de perméabilité intestinale, on a moins
de translocation pathogène, et donc d'allumage de cette inflammation systémique. Il y a
certaines toxines qui viennent de pathobiontes dans l'intestin, des LPS,
l'hypopolysaccharide en particulier, mais pas que, qui vont allumer cette inflammation Il
y a toute la partie neurotransmetteurs. Beaucoup de probiotiques font soit des
neurotransmetteurs, soit des précurseurs de neurotransmetteurs, qui avec les
interactions avec le reste du microbiote peuvent être transformés en. Et ça s'ajoute par
exemple, on entend beaucoup parler du GABA, Gamma Amino Butyric Acide, qui est le
neurotransmetteur inhibiteur principal du système nerveux central. Ça veut dire qu'il Il
joue un rôle important dans la régulation du stress, de l'humeur, mais il est calmant en
fait. Il nous éteint un peu les signaux de stress. Donc il y a plein de liens clairs entre
microbiote et santé à plein de niveaux. Plein de liens avec le métabolisme, la santécardiovasculaire, la satiété. Dans la startup où je travaillais avant, on travaillait sur un
probiotique qui produit un mimétique d'une hormone de satiété. Donc ça joue sur la
sensation de satiété au mangement. Il y a plein de plantes et tous les aliments, fruits,
légumes, céréales qu'on peut manger. Être riches dans tous ces composés, les
polyphénols, les caroténoïdes, les flavonoïdes, l'oligopène, les anthocyanines, le
resveratrol, les caroténoïdes, tous ces antioxydants composés phénoliques, ils sont à
la fois prébiotiques, super importants pour la santé intestinale, mais aussi très
importants pour nous défendre, nous, contre les maladies de civilisation, les problèmes
cardiovasculaires, les problèmes métaboliques, les problèmes de
neurodégénérescence, les cancers, et en fait ils sont aussi très très liés à comment est-
ce qu'on cultive ces plantes, dans quel système de culture on les met, et finalement du
coup le microbiote intestinal est très lié directement.
Lennan Bate: Au microbiote du sol. Super, tu fais la transition à ma question suivante.
Sur cette question de la satiété, je me souviens d'une étude, je ne me souviens plus du
pourcentage exact, mais une part de la population très importante aux États-Unis était
carencée en ces micro-organismes de la satiété. Ce qui peut-être expliquerait, entre
autres, l'obésité et les parts importantes d'obésité là-bas. Alors, comment est-ce.
Nina Vino: Qu'On ensemence un microbiote intestinal ? Comment on lance l'émence ?
Déjà, je vais dire en mangeant des microbes. Il y a des recommandations qui disent
qu'on devra manger au moins 2 milliards de CFU par jour de microbes par
l'alimentation. Ce n'est pas énorme de milliards et en fait, c'était à l'IPC, l'International
Probiotic Conference à Athènes en juin dernier, Simone Guglielmetti qui a fait une
étude là-dessus et qui dit qu'en moyenne, il a trouvé que les gens mangeaient entre 2
et 7 milliards de CFU par jour. et il a regardé de quelles sources. Ce qui était
intéressant, c'est que 75% de ces micro-organismes alimentaires venaient de sourceslaitières, des yaourts, du kéfir. Il faut dire qu'un yaourt, ça représente, c'était autour de
10 puissance 9 CFU tout seul, parce que c'est à peu près 10 puissance 7 par gramme.
Un yaourt, ça fait 125 grammes. Donc déjà, un yaourt, ça te fait la moitié presque de ta
de ta dose par jour. Mais c'est aussi une question, pour moi, de diversité. C'est-à-dire
que, du coup, dans cette étude de William Macy, il dit qu'il y a 75% de notre prise
alimentaire dans le semencement de microbes qui viennent du dairy. Mais ça, c'est peu
de diversité. Si tu parles du yaourt, il y a deux souches, en gros. C'est lactobacillus
bulgaricus et stratococcus thermophilus. Si tu vas dans le kéfir, il y en a un peu plus.
Surtout si tu le fais toi-même et qu'il y a vraiment. Ce consortium de bactéries et de
levure, au niveau commercial en général c'est moins riche parce que c'est plus simple
de faire avec moins, c'est plus standardisable, etc. Par contre, quand tu regardes les
fruits et légumes, ça apporte un petit peu moins. Une pomme, par exemple, ça
t'apporte 100 millions de CFU, donc 10 puissance 8 par rapport aux 10 puissance 9 du
yaourt, mais c'est plus de diversité. Et c'est un peu pareil quand tu vas regarder. Tout
ce que t'apportes l'alimentation par les fruits et légumes, notamment les fruits et
légumes crus, parce que dès que tu vas cuire, tu vas détruire les cellules vivantes.
Après, ça peut aussi être intéressant de les prendre en post-biotique, les cellules
mortes apportent quand même des choses, mais si tu veux ensemencer des cellules
vivantes, c'est intéressant de les avoir crus. Mais c'est intéressant aussi de les avoir
pas trop lavées, ou peut-être avec un peu de terre dessus, c'est la question.
Finalement, si on va plus vers du bio, où on va beaucoup moins laver et plucher tout
ça, on a probablement une meilleure diversité. Donc pour moi, en semencer, c'est
chercher la quantité mais surtout la diversité. Et là, c'est super intéressant de regarder
les parallèles entre l'agriculture et l'alimentation. Il y avait l'American Gut Project, qui
avait montré que les gens qui mangeaient plus de 35 fruits, légumes, aliments dérivés
des plantes par semaine, 35 c'est pas en portions, c'est en nombre de plantes
différentes, avaient un micropiote bien plus diversifié que ceux qui en mangeaientmoins. Et donc ça pour moi c'est devenu un peu une cible, s'assurer que dans
l'alimentation qu'on a dans une semaine, entre les fruits et légumes, mais aussi les
herbes qu'on peut manger, les fruits secs, les céréales en particulier, les céréales
complètes, Est-ce qu'on arrive à 35 ? C'est un petit peu un jeu, un but, et je me dis que
c'est exactement le même parallèle qu'aujourd'hui on fait en agriculture avec les
couverts végétaux, où on parle beaucoup de diversité. Pourquoi ? Parce que la
diversité des couverts végétaux fait des diversités d'exudats rationnaires qui vont
nourrir une diversité de micro-organismes, et c'est exactement la même démarche
dans l'alimentation. On va prendre différentes fibres, différentes sources d'antioxydants
qui vont nourrir différents micro-organismes intestinaux. Et donc la logique
d'ensemencement, elle est double quand tu manges des fruits et légumes et des
produits plant-based, parce que non seulement tu vas apporter des micro-organismes,
mais aussi ce qui va les nourrir. Et ça c'est super important, prendre soin de ce
microbiote, c'est l'ensemencer, oui, mais c'est aussi lui apporter de quoi se nourrir. Et je
pense qu'il faut qu'on ait cette réflexion quand on pose ce microbe, que ce soit en
agriculture ou que ce soit en santé humaine, de quoi a besoin un micro-organisme pour
s'épanouir c'est un peu comme nous. Il a besoin de nutriments, d'eau, d'air ou pas, en
fonction s'il est anaérobi ou anaérobi. Dans le microbiote intestinal, on a des conditions
qui sont plutôt anaérobes. Dans le sol, elles sont plutôt aérobes. Donc ça ne va pas
être les mêmes taxes qui sont bénéficiaires. Donc c'est ces conditions-là, comment on
les nourrit, comment on leur donne une bonne niche pour qu'ils se développent ? J'ai
pas parlé des compléments alimentaires, parce qu'on est dans une démarche de
prendre soin de soi, donc c'est déjà par l'alimentation que ça passe, mais évidemment,
après, quand tu pars dans les compléments alimentaires et les probiotiques, tu vas
avoir la possibilité de choisir des souches qui sont bien plus ciblées pour une
problématique que tu cherches à améliorer. Ça peut être immunité, ça peut être Ça part
un peu dans plein de choses. Santé mentale, santé vaginale, santé urinaire, santé de lapeau. Tu peux aller dans tout.
Lennan Bate: Plein d'applications. Fertilité, atopie, allergie, asthme, plein de choses.
Alors c'est étrange parce que cet été, je suis parti un peu de la ferme et j'avais tout le
temps faim, c'est-à-dire que j'étais rassasié mais j'avais toujours faim, comme s'il y
avait une part de moi qui n'était pas nourrie. Et un jour j'ai mangé des mûres le long de
la route et d'un coup c'était comme si c'était ça qui me manquait. Alors de quoi il
s'agit ? Quand tu parles de... peut-être que c'était des antioxydants, peut-être que le
produit, les légumes que je mangeais étaient trop oxydés, trop vieux, Alors quand tu
parles du fait que même un micro-organisme mort nous apportait quelque chose, je le
mettrais en lien avec cette sensation que j'ai ressentie. A quel point est-ce qu'il faut que
l'alimentation soit vivante ? Et dans ce cas-là, qu'est-ce que c'est qu'une alimentation
vivante ? Ce serait quoi un légume réellement vivant, riche en micro-organismes.
Nina Vino: Qui nous nourrirait pas juste sur un plan nutritif ? C'est une super bonne
question, je sais pas si je suis la meilleure personne pour y répondre mais je
comprends tout à fait ce que tu veux dire par cette sensation de satiété, de plénitude
quand t'as mangé ces baies. Moi je l'ai eue en mangeant de la salade du jardin pour la
première fois parce que j'ai fait une petite salade vraiment avec quelques feuilles de
laitue et puis quelques haricots qui venaient du jardin et pas grand chose dedans. Je
me suis dit oh là là je vais avoir faim. Et en fait une satiété qui m'a durée pendant des
heures pour quelques feuilles de salade et je me suis dit mais c'est pas possible la
salade pour moi c'est croquant, mais c'est que de l'eau, il n'y a rien dedans. En fait, en
fonction de la salade que tu manges, il peut y avoir vraiment un côté hyper satisfaisant,
hyper nutritif. D'où ça vient ? Je vais dire mon opinion personnelle, mais je ne sais pas
si les scientifiques diraient la même chose. Pour moi, il y a une question de calories
vides par rapport à calories pleines. Et donc, calories pleines, c'est plein demicronutriments intéressants. C'est des vitamines, c'est des minéraux, mais c'est aussi
des molécules plus complexes. On parlait tout à l'heure de tous ces polyphénols, tous
ces antioxydants, les caroténoïdes, les flavonoïdes, le resveratrol, etc. Notamment pour
avoir été pas mal influencée par What Your Food Ate, que en fonction de comment on
fait pousser les plantes, en fonction de comment est-ce que leur métabolisme
secondaire s'exprime, le métabolisme secondaire des plantes c'est leur système
immunitaire en fait. Donc si elles sont dans un milieu où elles n'ont pas besoin de
l'exprimer, où elles n'ont pas pas un microbiote très développé ou pas une attaque
d'insectes qui vient croquer une feuille et allumer ses défenses immunitaires, peut-être
qu'elles sont moins riches en tout ça. Apparemment, ce qui définit la richesse en
micronutriments, ce serait beaucoup la vie du sol. plus on travaille sur le sol vivant, plus
on aurait des produits qui sont riches dans tous ces composés-là. Plus on aurait des
plantes qui s'expriment, qui sont attentives à leur milieu et qui s'expriment. Ça va
dépendre aussi de comment tu les nourris. Là, il y a la jolie image du tonneau avec
chaque latte qui soit à différentes hauteurs, la plus basse faisant couler tout le reste.
C'est-à-dire que si tu mets du NPK très élevé dans ton sol, mais que ta plante va
manquer d'organes, de bords, de calcium, de je ne sais quoi, elle ne va pas pouvoir
tout utiliser, et ça va toujours être le nutriment limitant qui va limiter la santé de ta
plante. Et donc, plus tu vas avoir un sol vivant, riche en nutriments, et donc de la
rotation de culture, parce que si tu as mis la même culture pendant des années, elle a
mangé un peu la même chose pendant des années, ton sol s'est appauvri de tout ça.
Donc soit tu rapportes de tout ça. Qui vont pouvoir renourrir le sol. Et tu as la partie vie
du sol, une plante qui a un microbiote qui s'appuie sur son microbiote, plein de
bactéries, plein de mycorhizes qui vont aller chercher plus loin, qui vont absorber
mieux. Les mycorhizes en particulier, elles ont un arsenal enzymatique qui leur permet
de solubiliser énormément d'oligo-éléments auxquels la plante n'a pas forcément accès
elle-même avec sa toolbox. son outillage génétique. Donc, quand on a un sol vivant, laplante, elle peut s'appuyer sur toutes ces symbioses-là, elle va avoir un statut
nutritionnel meilleur. Il y a déjà la santé du sol, le contenu vraiment de ce qu'il y a dans
ton sol, mais il y a aussi les symbioses qu'elle peut faire, qui lui donnent accès, qui
peuvent débloquer des nutriments. Et à ce moment-là, ta plante, elle va être bien plus
riche en tous ces oligo-éléments, qui.
Lennan Bate: Sont aussi ceux qui nous satisfaient et qui font à nous une bonne santé.
Là on voit tout à fait le parallèle entre les enzymes que produisent les mycorhizes et
l'assimilation des nutriments dans l'intestin avec le microbiote intestinal. Et par rapport
à la santé des plantes, on en a pu en reparler, on en reparlera très certainement
encore et encore. Je renvoie au triangle de nutrition de la plante de John Kempf pour
comprendre toutes les interfaces et la complexité pour monter dans les degrés de
nutrition et de métabolisme secondaire des plantes. Alors peut-être on peut faire le lien
justement sur les probiotiques et voir comment est-ce que quand on mange un
probiotique, est-ce que c'est mort ? Et du coup, quel rôle ça a ? Et à quel point est-ce
qu'on influence le.
Nina Vino: Microbiote intestinal quand on ensemence comme ça de manière artificielle
le corps ? J'ai plusieurs questions dans ce que j'entends de ta question. Un
probiotique, par définition, c'est vivant, et la définition du probiotique dit que ça doit
aussi arriver dans des quantités adéquates pour avoir un bénéfice sur l'autre. Il y a
beaucoup de questions dans le secteur probiotique sur l'importance de la colonisation,
de l'engraftement. Est-ce que c'est important qu'un probiotique colonise et reste
longtemps dans l'intestin pour avoir un bénéfice ? Aujourd'hui, la réponse des
scientifiques, c'est que non. Tentativement, quand on prend un probiotique et qu'on est
en bonne santé adulte, on a déjà un microbiote qui est très implanté, c'est déjà une
équipe qui gagne. Un probiotique aura peu de place pour s'implanter à long terme.D'autant que si tu considères que l'intestin, c'est un tube qui est couvert d'une épaisse
couche de mucus, et ce mucus-là, déjà il est dégradé par le microbiote, mais il est
aussi poussé, excrété, en continu, et donc il est changé tous les trois jours à peu près.
Donc même un probiotique qui arrive à se développer, se multiplier dans le mucus, il
finira quand même un peu par être évincé, sauf s'il arrive vraiment à se multiplier et
remonter le type au fur et à mesure qu'il est expulsé. Mais en général, on considère
qu'un probiotique ne va pas coloniser, à moins que tu arrives sur des niches qui sont
plus ouvertes, donc le nouveau-né. Le nouveau-né, au moment où il naît, il est presque
stérile, et donc là il y a une niche où tu vas pouvoir le coloniser à long terme. Et c'est
super important que les nouveaux-nés soient inoculés par des bifidobactéries, je pense
en particulier à l'infantis. Dès leur premier jour, parce que là ça va pouvoir avoir un
impact sur toute leur vie. Ou alors quand tu vas prendre un gros traitement antibiotique,
ou tu vas avoir une coloscopie, tu vas repasser sur un gros nettoyage, ou alors après
une grosse diarrhée, en gros ton microbiote est tout d'un coup très appauvri, donc là tu
vas pouvoir réensemencer potentiellement sur plus de temps. Ceci dit, si ton
probiotique ne colonise pas, ça ne veut pas dire qu'il n'est pas effectif, parce que dans
tous les cas, il va interagir avec ton microbiote, avec ton système immunitaire, et c'est
ça que tu lui demandes. Tu prends une bactérie pour qu'elle interagisse, et elle va
pouvoir le faire de plein de façons différentes, en fonction de la bactérie. Il y a des
actions d'inhibition directe, des peptides antimicrobiennes qu'elles produisent, donc ça
c'est vraiment comme si tu prenais un probiotique pour les petits antibiotiques
spécifiques qu'il va prendre pour inhiber des pathogènes. Là, tu as diminué la charge
de pathogènes. tu vas avoir une interaction avec les cellules intestinales pour qu'elles
expriment plus, par exemple, les jonctions serrées. Et là, tu vas avoir un effet sur
remettre l'intestin plus intègre, qu'il ait moins de porosité. La porosité, c'est pas bien
pour plein de choses, pour l'inflammation, pour plein de problématiques métaboliques.
Tu vas avoir le côté production d'acide lactique qui augmente aussi l'acidité au niveauintestinal et qui diminue la charge de pathogènes, tu vas avoir tous les
neurotransmetteurs qui peuvent produire, toute la partie régulation de l'immunité, soit
allumer le système immunitaire pour mieux combattre les pathogènes, ton système va
après apporter des signaux pour l'immunité innée et l'immunité adaptive pour répondre
à une infection possible, et comme ton probiotique n'est pas virulent, tu vas allumer le
système immunitaire, mais il va pas ensuite s'attaquer aux probiotiques, mais aux
autres pathogènes dans ton intestin. Ce dont on a parlé tout à l'heure sur les
neurotransmetteurs. Même si un probiotique va être tendanciellement transitoire, tu
peux avoir tous ces effets-là. Et dans ta question, tu avais « est-ce qu'il peut agir même
quand il est mort ? ». Alors oui, mais pas forcément sur les mêmes mécanismes. Un
probiotique mort, ça s'appelle un postbiotique. Et à ce moment-là, il y a différentes
façons de faire des post-peutiques. Ça peut être des lisas, des fragments. Et à ce
moment-là, ça peut aussi activer les cellules d'antibiotiques, les cellules de l'immunité
ou les PPMC, qui vont activer une réponse, stimuler la différenciation de l'infocyte pour
faire des cytokines, je parle un petit peu dans un langage scientifique, mais en gros
pour faire des signaux pro-inflammatoires ou anti-inflammatoires à nouveau. Et ça, ça
peut se faire directement avec les lysades, les morceaux de la membrane, puisque
c'est là où sont exprimées les molécules qui vont activer ou non cette différenciation
des réponses immunitaires. Et puis tu vas avoir tout ce que ton postbiotique peut
apporter aussi au niveau de son cytoplasme, parce que tu l'apportes, peut-être intègre,
mais il va être digéré, et donc il va libérer ce qu'il a dans son cytoplasme. Et donc là
pareil, tu peux avoir des métabolites d'intérêt. Par exemple, nous dans la start-up
Target 10, sur la production d'un peptide qui était pro-saciété, on s'est rendu compte
qu'on avait un meilleur effet quand on avait une partie du probiotique qui est apporté
vivant et une partie mort. Et probablement, ce qu'on se disait, c'est que le vivant, il doit
permettre une réplication au niveau intestinal, et donc un effet un peu plus sur le long
terme, à plusieurs jours. Et le mort, peut-être qu'il apporte un petit boost au moment oùtu l'ingères, parce qu'il se fait dégrader, et donc il libère une certaine quantité de ce
peptide. Donc il y a différents mécanismes qui jouent. Sur la partie il y a aussi les post-
biotiques qui peuvent prendre la place, une espèce de compétition pour le locus. S'ils
s'attachent à la paroi intestinale, ils prennent la place pour le pathogène et donc ils
bloquent l'adhésion. Et nous c'est ce qu'on a pu montrer chez Bioprofs avec des post-
biotiques. On a fait des essais sur des cellules épithéliales intestinales et des essais
sur des cellules épithéliales vaginales et.
Lennan Bate: On a vu quand on met des post-biotiques avant de mettre des
pathogènes, on.
Nina Vino: A une réduction de l'adhésion des pathogènes. Qu'est-ce qui favorise les
maladies d'un point de vue du microbiote ? J'ai envie de dire, un peu comme dans le
sol, s'il y a un consensus au niveau du microbiote intestinal et de ses liens avec la
santé, c'est sur la diversité. On considère que plus on a un microbiote diversifié,
meilleure est la santé. Il y a des associations Si on a moins de diversité intestinale, on a
plus de risques d'obésité, de maladies cardiovasculaires, de cancers, d'infections. Je
pense notamment à l'infection intestinale la plus grave, à SIDIF. Je ne sais plus
comment elle a changé de nom, je crois que c'était avant Clostridium difficile,
maintenant c'est autrement Clostridioides ou quelque chose comme ça. Une maladie
qui est souvent nosocromiale est associée à la prise d'antibiotiques, parce que tu
diminues ta diversité intestinale, et donc cette bactérie-là, qui est souvent une
commensale, qui est souvent dans notre intestin de base, elle peut prendre le dessus.
Et quand elle prend le dessus, elle devient un espèce de cheval de guerre à nous
donner des diarrhées où tu peux en mourir. C'est des diarrhées qui ne t'arrêtent pas,
elles deviennent sanguinolentes, et c'est une infection très grave. Et c'est lié à ce qu'on
ait perdu la diversité intestinale, qui finalement a une équipe qui lui empêche de sedévelopper. Elle peut être là, mais elle n'arrivera jamais à prendre le dessus, parce qu'il
n'y a pas la place, parce qu'il n'y a pas les nutriments, parce qu'il y a de la compétition
sur plein de niveaux, avec les bactéries qui sont déjà présentes. Et c'est ce qu'on voit
aussi dans les sols, quand on écoute le podcast de John Kemp, qui parle souvent de «
disease suppressive soils », les sols qui sont qui préviennent l'établissement des
maladies, c'est des sols qui sont riches au niveau microbien. Et donc.
Lennan Bate: Il y a une maladie qui arrive, elle n'arrive pas à se développer parce
qu'elle arrive déjà dans un milieu qui est presque saturé. Ok, donc on voit bien les
conditions de développement de ces bactéries, qu'elles retrouveraient en fait les
conditions parfaites pour se multiplier, autant dans la nourriture qu'on ingère, mais
aussi dans les conditions, si je comprends bien, de l'intestin, un peu comme dans un
sol. Si on est dans un sol anaérobie ou très acide, on va avoir un.
Nina Vino: Développement de bactéries. Comment est-ce qu'on favorise un milieu
intestinal sain ? Est-ce que c'est juste avec les aliments ou est-ce qu'il y a d'autres
choses qu'on peut faire ? C'est intéressant comme question. Il y a d'autres choses
qu'on peut faire, mais qui sont pour moi encore assez mystérieuses. On s'est rendu
compte qu'on avait d'autres leviers que l'alimentation et la prise de micro-organismes.
Par exemple, bien dormir, ne pas être trop stressé, ça joue le sport, une activité
physique. Alors pas intense, c'est intéressant, il y a une espèce de courbe en U
inversée. Si on ne fait pas de sport, ça ne fait pas du bien au microbiote intestinal. Si on
fait du sport à très haut niveau, c'est aussi un stresseur pour le microbiote intestinal.
Déjà le sport à très haut niveau, ça peut causer des diarrhées, des problématiques
intestinales. Donc il y a une espèce de sport régulier, mais à un niveau d'intensité
intermédiaire qui est positif pour le microbiote. Ça, je saurais même pas t'expliquer
comment ça marche, mais c'est ce qu'on a observé. Et puis, il y a évidemment le lien àla nature. Être dehors, aller en forêt, toucher la terre, les plantes, là où il y a une
diversité microbienne, c'est hyper positif pour les microbiotes. Et moi qui m'intéresse un
peu au One Health, j'avais vu des présentations sur certaines des dernières
conférences, j'ai adoré les approches dans les Nordiques, Il y a Aki Sinkonen et Maria
Roslund, je crois, qui travaillent sur ça, qui travaillent sur des cours de récréation
revégétalisées, des bacs à sable où ils inoculent avec des micro-organismes. Et ça, ça
a permis d'avoir des enfants qui avaient un microbiote plus diversifié, un système
immunitaire qui marchait mieux. Ils ont observé jusqu'à une amélioration des
comportements, de la concentration des enfants en classe, une diminution de
l'agressivité, juste en changeant la cour de récré et en inoculant le bac à sable en gros.
Et il y a une étude, alors je crois qu'elle n'est pas encore publiée, mais c'était Maria
Hochland qui en parlait en juin, ils ont fait se laver les mains dans un sol riche, à des
gens avant leur repas et avant d'aller se coucher. En gros, au lieu de se laver les mains
avant d'aller manger, ils se trempaient les mains dans un sol riche. Après, ils avaient le
droit de se les rincer quand même pour ne pas manger avec les mains sales, mais se
les rincer sans savon, juste avec de l'eau. Ils ont été regarder ce que ça faisait au
niveau du microbiote. Ça enrichissait le microbiote intestinal, ça améliorait aussi les
paramètres de l'immunité et ça améliorait la réponse à la vaccination, qui est aussi liée
au microbiote. Et donc ça pose aussi la question, qu'est-ce qu'on peut faire pour se
redonner du contact avec ce ré-ensauvagé au niveau microbien ? Il y a d'autres études
sur, par exemple, les enfants et les colonies de cheval. Les enfants, quand ils sont en
contact avec un cheval, ils se prennent un peu du microbiote du cheval. Et ça, ça les ré-
enrichissait. Il y a d'autres... Ça me fait penser ça. à Francesco Di Piero, qui donne des
cours sur le microbiote et sur l'analyse des tests de microbiote intestinal en Italie. Et lui,
il fait pas mal de case studies et il disait qu'il y a une dame qui est arrivée
complètement dysbiotique, bourrée de fusobactéries, qui ne sont pas positives chez
elle. Les fusobactéries, elles sont liées au cancer colorectal et à pas mal depathologies. Et en fait, en cherchant dans son style de vie pourquoi est-ce qu'elle était
bourrée de fusobactéries, Il a compris que c'était une éleveuse de chiens qui vivait en
symbiose totale avec 4 ou 5 chiens qui dormaient avec elle, passaient son temps à leur
donner des friandises, à voir les mains dans leur gueule, etc. Et donc elle avait pris le
microbiote du chien. Et le microbiote du chien, il est hyper riche en physobactéries,
sauf que pour lui ça va, mais pour elle, elle en avait trop. Et donc au lieu de lui dire, je
me mange différemment, on prend des probiotiques ou on fait un traitement
antibiotique, il a dit, si tu pouvais mettre un petit peu plus d'hygiène entre toi et.
Lennan Bate: Les chiens, je suis sûre que ça aiderait. En général, on va vers le ré-
ensauvagement, si tu veux. Là, c'était le contre-exemple parce que ça fait rire.
Nina Vino: Il a y des extraits, oui. Alors, tu as mentionné le One Health. Qu'est-ce que
c'est le One Health pour toi et qu'est-ce que ça t'apporte cette réflexion ? Le One
Health, ou une seule santé, c'est le lien entre toutes les santés. C'est de dire que la
santé humaine n'est pas déconnectée de la santé de la plante, de la santé du sol, de la
santé de l'environnement, de la santé de l'animal, et qu'on ne pourra pas avoir l'un sans
les autres. Et moi, ce que ça m'inspire, c'est d'aller justement chercher ces liens.
Pourquoi est-ce que la santé du sol est si importante pour la santé humaine ? Et en
fait, je me rends compte, en plongeant un peu dans ce monde-là qui est fascinant, que
c'est quelque chose qu'on savait déjà depuis presque un siècle. J'ai vu des
publications, il y a Céline Pessy je crois, qui est une historienne de l'agriculture, qui a
beaucoup regardé les origines du bio, et en fait ça vient de l'après-guerre. Quand il y a
eu l'après-guerre et justement le changement des pratiques parce qu'on a eu accès au
pétrole à haute dose et puis au procédé à Haber-Bosch pour faire des fertilisants
azotés. On a changé l'approche à l'agriculture, on a mécanisé et on a apporté ces
produits physiques. Et donc il y a eu cette voie d'opposition qui est née en même tempsqu'il y a eu cette transformation de l'agriculture. Et dans cette voie de l'opposition, dès
l'après-guerre, pour les années 30 et les années 50, on a déjà vu des gens qui se
levaient pour dire attention, la santé humaine dépend de la santé des sols, et on
change la qualité nutritionnelle des aliments en changeant la façon dont on sélectionne
les plantes et dont on les élève, dont on les cultive. Donc pour moi, la santé unique,
c'est ça, c'est comment est-ce qu'on peut chercher un peu à changer le discours de
l'agriculture, pas plus de l'agriculture mais de l'environnement et de l'écologie. faire de
l'écologie, ce n'est pas essayer de soigner la terre comme si la terre était séparée de
nous. C'est essayer de soigner l'ensemble de toutes ces interrelations. Et je suis
fondamentalement convaincue qu'on n'aura pas de santé humaine sans passer par la
santé des écosystèmes. Et on commence à vraiment voir ce retour de bâton. Oui,
quand on a des microplastiques dans les sols, déjà ça joue sur la fertilité, mais ça joue
aussi sur la concentration de pathogènes qui vivent dans les microplastiques. Et il y a
une espèce de réaction en chaîne de domino, qui nous revient en pleine face, et ben
oui, moi aussi, tiens, on concentre les microplastiques, et qu'est-ce que ça fait sur notre
risque de neurodégénérescence, etc. Donc il y a plein de publications sur microbiote et
dégénérescence. Ah.
Lennan Bate: Ben tiens, on voit maintenant les publications qui naissent sur les liens
entre les microplastiques dans les socs, qu'on retrouve ici.
Nina Vino: Qu'On retrouve là, et la boucle est bouclée. Bon, super. On a couvert
beaucoup d'éléments. Est-ce qu'il y a des découvertes récentes qui t'ont
particulièrement intéressé, que tu aimerais pouvoir partager ici ? J'ai été assez
interpellée, mais je viens de t'en parler déjà par les travaux d'Aki Sinkonen et Maria
Roslund qui essayent de travailler sur la santé humaine par les inséminations de
microbes par l'environnement. avec des études sur quand on jardine, même lejardinage à l'intérieur, quand on met les mains dans la terre, et bien c'est pas la même
chose quand on met les mains dans une terre d'un compost riche, et quand on met les
mains dans une terre qui est appauvrie. C'est pas la même chose de se laver les mains
avant de manger avec de l'eau et du savon, ou de passer d'abord par être trompée
dans une terre riche. Et puis dans ces pensées One Health, il y a une réalisation que je
trouve intéressante, le One Health passe par les microbes qui connectent tous les
microbiomes. Et je trouve que c'est intéressant de penser de façon plus large. En fait,
même dans le secteur microbiote, on pense en silos. Et moi, je fais l'erreur tout le
temps. Parce que c'est difficile de s'extraire du langage. On a parlé pendant le podcast
de microbiote intestinal et de microbiote du sol et de microbiote de la pomme et de
microbiote de la plante. Mais en fait, est-ce qu'il n'y a pas un seul microbiote et des flux
entre toutes ces sous-parties du microbiote ? Le microbiote de la pomme, quand tu l'as
mangé la pomme, est-ce que ce n'est pas ton microbiote à toi ? Est-ce qu'on ne peut
pas essayer de dé-siloter cette pensée, même au niveau du microbiome, pour arriver à
connecter ce One Health, ses liens, ses flux, ses dynamiques ? Je ne suis pas en train
de rebondir sur une étude en particulier, mais j'ai envie de dire qu'il y a un changement
épistémique. Justement en parlant de changement épistémique, j'ai là un papier que j'ai
trouvé après le plan MARVAL, où il y a des travaux intéressants de Manuel Blouin, j'ai
regardé sur PubMed ce qu'avait fait Manuel Blouin, et j'ai trouvé une étude magnifique
qui dit « Epistemic revolution induced by microbiome studies and interdisciplinary view
». Et donc, comment est-ce que les études sur le microbiote sont à la source d'une
révolution épistémique, d'une révolution du savoir, de comment on pense la
connaissance, et comment on la pense de façon de plus en plus pluridisciplinaire et
désanthropomorphisé, en mettant justement ce microbe au cœur de plein de choses.
Et donc c'était comment est-ce qu'on peut exprimer le microbiome au travers de l'art ?
Comment est-ce qu'il s'exprime au travers d'un point de vue juridique ? Est-ce que
quand on essaie de donner des droits à la nature, on n'essaie pas aussi de défendreune biodiversité, on ne devrait pas aussi donner des droits à la diversité du microbiote,
c'est-à-dire défendre la diversité du microbiote, puisqu'elle appartient aussi à notre
santé et à cette santé planétaire ? Et donc poser des questions de.
Lennan Bate: Multidisciplinarité sur toutes.
Nina Vino: Ces connexions qu'il y a entre plein de choses. Je recommande le papier, il
y a aussi le Shinrin-Yoku, Je ne sais pas si tu as entendu parler de Shinrin-yoku, le
bain de forêt j*******. Vas-y, vas-y, parle-nous-en. Le Shinrin-yoku, c'est donc la pratique
thérapeutique du bain de forêt qui a été démontré qu'elle stimule notre bien-être
émotionnel et mental, mais aussi nos défenses immunitaires. Il y a quelques éléments
On a trouvé des composés moléculaires qui font ça, mais c'est aussi lié à la pleine
conscience en fait. Tu vas dans la forêt, en ouvrant tous tes sens, tu entends les sons
de la forêt, tu touches. L'idéal c'est d'y aller sans rien, t'as pas de téléphone, pas
d'appareil photo, rien du tout, nu pied, et tu touches, tu sens les odeurs, tu vois, tu
écoutes, et ça c'est hyper thérapeutique. Et il y a une.
Lennan Bate: Composée aussi microbienne de lien, Mais il n'y a pas que ça. Cette
reconnexion à la nature, je pense qu'elle fait partie aussi de la dimension One Health,
une reconnexion qui.
Nina Vino: N'Est pas que physique, mais aussi émotionnelle. Alors, de plus en plus, tu
travailles avec des agriculteurs. Est-ce qu'il y a quelque chose que tu sens être encore
très compliqué ou difficile à entendre ? Il y a un truc qui m'interpelle beaucoup et qui
encore peut regarder, pas seulement par les agriculteurs, mais par les filières, par les
semenciers, par toute la filière agricole. C'est dans quelles conditions est-ce qu'on a
sélectionné les variétés culturales ? On a souvent sélectionné dans des sols quin'étaient pas vivants. On a souvent sélectionné dans des conditions très fertilisées où
la plante, on lui apportait tout ce dont elle avait besoin pour produire au max. Du goutte
à goutte nutritionnel si tu veux. Est-ce que dans ces conditions-là, on a pu sélectionner
pour des plantes qui forment bien des symbioses ? Il faut qu'on se repose sur ces
questions-là pour arriver à sélectionner pour ce trait-là la capacité à former des
symbioses. C'est compliqué d'avoir un discours de ce type-là, parce qu'il y a tout un
screening à faire sur les variétés les plus répondantes et moins répondantes. Mais ça
fait partie de ce qu'on teste sur le terrain, il faut absolument prendre la variété en
compte. Et les semenciers devraient aussi apprendre à sélectionner sur sol vivant et je
me rends compte de la complexité que ça représente parce que sur sol vivant on
apporte une variabilité énorme et ce qui les intéresse eux c'est de diminuer la
variabilité au maximum pour vraiment voir les différences de.
Lennan Bate: Paramètres qui s'expriment, de caractéristiques recherchées. Mais si on
ne sélectionne pas.
Nina Vino: Sur un.
Lennan Bate: Sol vivant ou avec les biostimulants qu'on veut qu'ils soient capables de
s'associer avec la plante, comment est-ce qu'on va sélectionner sur.
Nina Vino: Le trait de capacité à s'y associer ? On en revient aux semences paysannes
et aux semences population. Aussi, exactement. OK, on a couvert beaucoup de choses
déjà. Est-ce qu'il y a une question que je n'ai pas posée, auxquelles tu aurais aimé
répondre ? Peut-être celle des livres, des livres que je recommanderais, parce que ça a
beaucoup joué, moi, sur mon orientation, sur mon choix. De joindre le microbiote
intestinal et le microbiote du sol. Donc j'ai envie de recommander... J'en ai déjà parléplusieurs fois depuis qu'on se parle. Il y a What Your Food Ate qui m'a vraiment fait
comprendre que la qualité nutritionnelle et donc la santé intestinale et tous les
probiotiques et ces micronutriments importants dépendent de la façon dont on cultive. Il
y a les livres de Marc-André Solos. Pas mal influencé aussi, il n'y a jamais seul et
l'origine du monde. Une seule santé que tu as lue aussi depuis la réveille, qui connecte
beaucoup la nutrition animale à la santé animale et à la santé de l'homme qui mange
ses produits animaux. Teeming with microbes, pour les gens qui s'intéressent au
microbiote du sol, au thé de compost, c'est intéressant pour vraiment, bon, il y a
Teeming with microbes et puis tous les travaux de Leningham sur le Soil Food Web. Je
pense que c'est super important quand on veut travailler sur sol vivant, de comprendre
ces interactions trophiques, ça nous passe de la biodiversité. Et puis il y a évidemment
la révolution d'un seul.
Lennan Bate: Brin de paille qui m'a mise en dessus dessous, en connectant
l'agriculture, la philosophie. C'est un pionnier fukuoka de l'agriculture régénérative, mais
aussi un grand sage à moitié taoïste, bouddhiste, qui fait le lien entre la culture
humaine et la culture du sol. Génial, c'est une très, très belle liste.
Nina Vino: Il y a de quoi se régaler là. Donc, tu as aussi un blog sur lequel tu partages
beaucoup de super ressources. Est-ce qu'il y a d'autres choses que tu aimerais
partager où les gens peuvent te suivre ou voir un petit peu ton travail ? Pour me suivre,
c'est clairement.
Lennan Bate: Sur LinkedIn, avec un blog où j'essaie.
Nina Vino: De partager l'enthousiasme et le levier que.Lennan Bate: Représentent les microbes dans la santé humaine et planétaire, et des
sols. Et puis dans les autres ressources, moi j'aime bien les podcasts de John Kemp et
de Graham Seitz. Merci beaucoup Nina, merci pour ton temps. Merci à toi Lennan, c'était
un plaisir.
Dec 3, 2025
43 min

Nov 19, 2025
Nov 19, 2025
42 min
Et si l’on pouvait concilier des plantes saines et vigoureuses, un sol vivant et des coûts de production maîtrisés ?
Entre l’équilibre chimique, la structure du sol, les couverts végétaux, la nutrition des plantes et les techniques culturales, les leviers à activer sont nombreux. Baptiste Maitre, formateur en agronomie et spécialiste de la fertilité des sols, nous parle dans cet épisode de méthodes et protocoles qu’il met au point avec un groupe d’agriculteurs particulièrement dynamiques du Nord de la France.
Une discussion très clair autour de leviers agronomiques concrets mis en œuvre par ce collectif et Baptiste. L’une des pratiques qui a particulièrement retenu mon attention : le broyage-compostage de surface des engrais verts qui avait été discuté dans un précédent interview de John Kempf.
Baptiste Maitre
https://www.facebook.com/p/Ver-des-sols-vivants-100057237647959/
https://www.ver-des-sols-vivants.fr/
https://www.linkedin.com/in/baptiste-maitre-221a471a/
Fredéric Thomas
https://agriculture-de-conservation.com/-Frederic-Thomas-.html
Friedrich & Manfred Wenz
https://agriculture-de-conservation.com/Chez-Friedrich-et-Manfred-Wenz-25,324.html
Francis Bucaille
https://www.podbean.com/ew/pb-7upw8-163425a
https://wiki.tripleperformance.fr/wiki/Utilisateur:Francis_Bucaille
Méthode Merci - Méthode d’estimation des restitutions par les cultures intermédiaires
https://methode-merci.fr/
La pyramide de la santé des plantes de John Kempf
https://www.verdeterreprod.fr/john-kempf-sante-des-sols-nutrition-des-plantes-traduit-en-francais/
“Carence en Manganese après usage de Glyphosate”
https://www.agro-league.com/blog/le-manganese-est-essentielTranscription :
28 - Des méthodes novatrices pour les cultures
industriels avec Baptiste Maitre
Lennan Bate: Bienvenue sur Renoué, le podcast qui explore les liens profonds entre la
santé des écosystèmes, des plantes, des animaux et la santé humaine. L'agriculture
occupe une place centrale dans nos vies. Qu'il s'agisse de nous nourrir, de produire
des fibres pour le textile ou de cultiver des plantes pour nous soigner, elle façonne
notre société à bien des égards. Mais alors comment repenser notre relation vivant afin
d'honorer sa capacité exceptionnelle à se régénérer et construire une agriculture
réellement bénéfique pour tous ? C'est ce que je vous propose d'explorer ensemble au
travers de discussions avec celles et ceux qui œuvrent pour une santé globale. Pour
cet épisode, je reçois Baptiste Maître formateur en agronomie et spécialiste de la
fertilité des sols. Soyez prévenus, il s'agit d'une discussion technique où l'on parle de
fertilité des sols, de technique culturelle, notamment en culture industrielle. Cette
discussion a eu lieu au moment de la loi Duplon, de juillet 2025, qui proposait
notamment la réintroduction de l'acétamipride, un insecticide organochloré de la famille
des néonicotinoïdes. L'argument pour son utilisation étant l'absence d'alternatives ou
de solutions face à certains ravageurs pour, en particulier, les cultures de betteraves
sucrières et de noisettes. Une pétition, contre sa réintroduction, a alors récolté plus de
2 100 000 signatures. Quelques semaines plus tard, le Conseil constitutionnel a
invalidé cette mesure, la jugeant contraire à la charte de l'environnement. Pour
recontextualiser, en 2016, une pétition qui réclamait l'interdiction des néonicotinoïdes
en France avait recueilli, elle, environ 130 000 signatures. Autant dire que la
conscience collective évolue. La dernière fois qu'on s'était parlé, j'avais été très inspiré
par tous les protocoles que tu mettais en place avec les agriculteurs que tu
accompagnes. Notamment, tu m'as parlé de 2-3 techniques assez chouettes, donc
j'aimerais bien qu'on discute plus en détail. Mais peut-être pour commencer, tu peux teprésenter, nous parler un petit peu de l'étendue de ton travail et comment t'en es arrivé
à faire ce que tu fais.
Baptiste Maître: Super content d'être avec toi. Baptiste Maitre, moi je suis agronome
indépendant, ça fait 8 ans maintenant que j'ai créé ma société qui s'appelle Vers des
sols vivants. J'ai un parcours un peu atypique parce que mes parents ne sont pas issus
du milieu agricole, mais j'ai toujours été passionné par l'agriculture. J'ai fait un lycée à
l'école, j'ai fait un BTS technologie végétale. mais c'était très phyto, c'était dans les
années 2010, donc du coup très... telle matière active pour telle maladie, etc. Et j'ai pas
non plus une fibre commerciale forte, donc je me voyais pas faire technico-commercial.
Et donc le déclic, ça a été le DVD de Frédéric Thomas sur l'agriculture de conservation
des sols, où je me suis dit, c'est... C'est de l'agronomie que je veux faire et pas de la
phytotechnie. Et donc après j'ai tapé bêtement licence pour continuer mes études. Je
suis tombé sur la formation à Amiens avec Thierry Tétu, sur une formation agriculteur
de conservation des sols, une licence professionnelle. Donc je me suis inscrit, j'ai fait
un apprentissage à l'institut technique de la betterave, donc du coup ça m'a commencé
à mettre le pied à l'étrier dans les cultures industrielles. On verra par la suite que c'est
ce qui oriente aujourd'hui mon travail. Et puis ensuite j'ai refait une licence pro, pas tant
pour le côté scolaire mais plus pour le côté contrat d'apprentissage et là j'étais à l'INRA
de Grignon et j'ai travaillé sur l'impact des systèmes de culture sur les populations de
vers de terre. Je me suis pris d'amour un peu pour les vers de terre et ça venait
compléter la corde agronomique. C'était un peu le chef d'orchestre et d'où le jeu de
mots vers des sols vivants avec le vers pour rendre hommage à ça parce que c'était
vraiment passionnant. Mais par contre, les verres de terre, c'est un peu limité. Si je
venais à approcher les agriculteurs juste avec cette corde et cette fibre verre de terre,
c'était un peu juste. Du coup, j'ai rajouté des cordes à mon arc. Je suis passé par la
pédologie à l'INRA d'Orléans, sur le réseau de mesure de la qualité des sols. Là, j'ai vudes sols du nord au sud, de l'est à l'ouest. Du coup, ça m'a permis de mettre le doigt
dans les sols et de vraiment les décrire. Par contre, Il manque souvent dans la
pédologie l'approche aussi agronomie pour faire les liens entre ce qu'on voit et ce
qu'on... Et moi avec mon cursus et ma curiosité, je voyais que je pouvais commencer à
faire des liens donc ça orientait un peu la suite de mon parcours et ça m'a renforcé
dans cette idée-là. Je passais par la chambre d'agriculture où j'étais responsable de la
fertilité des sols et puis ensuite j'ai eu l'opportunité de travailler sur un projet qui
s'appelait Sol Vert. L'objectif c'était de faire de la... l'agriculture de conservation des
sols, entre guillemets, en système pommes de terre, betterave, légumes d'industrie. Et
donc là, j'ai vraiment mis le pied dans la culture industrielle. J'avais déjà vu la betterave,
mais là, de faire des pommes de terre, faire des épinards, des haricots verts. Et donc
ça ne m'a jamais lâché après les cultures industrielles. Et donc aujourd'hui, c'est une
grosse partie de mon activité. Comment on peut faire ? Parce que le discours, c'était
vraiment de dire, vous, vous êtes en patate, en pétrave, donc vous ne pourrez jamais
faire du semi direct. Ce n'était pas un discours qui me convenait. Et donc, du coup, j'ai
cherché à creuser un peu comment est-ce qu'on peut adapter à ces cultures-là. toutes
les méthodes agronomiques qu'on connaît, les couverts végétaux, la réduction du
travail du sol, comment on peut améliorer les structures de sol. Et puis voilà où j'en suis
aujourd'hui.
Lennan Bate: Peut-être rentrons directement dans le vif de ce sujet, parce
qu'effectivement, c'est passionnant. Quel est ton protocole ? Qu'est-ce que vous mettez
en place sur ces cultures-là ? Parlez-nous un petit peu des techniques que vous avez
mises en place.
Baptiste Maître: On a essayé de construire et on s'est beaucoup inspiré. La plupart des
agriculteurs que j'accompagne, ils ont suivi une formation avec deux agronomesallemands, Friedrich Wenz et Nasser Ditmar, qui ont amené un peu le concept
d'agriculture régénérative avant l'agri-bashing qu'on peut entendre. Ce que j'aime bien,
c'est que ça repose un peu le cadre de comment on régénère les sols. Et du coup, en
premier lieu, il y a vraiment l'état d'équilibre des sols. J'ai passé trois jours avec Francis
Bucaille, il y a récemment, et du coup, on a beaucoup reparlé d'équilibrer les sols, de
s'assurer que ce soit bien équilibré, notamment au niveau des bases. Regardez le
calcium, le magnésium. le soufre, etc. Donc il y a vraiment cette idée de comment mon
sol est équilibré chimiquement, et puis après on empile des leviers pour pouvoir
améliorer ça. Donc le deuxième point c'est vraiment la structure du sol. Donc une fois
qu'on a regardé un peu l'équilibre chimique, il faut aller regarder la structure parce qu'il
faut quand même que les racines puissent descendre dans le sol. Et donc là on vient si
besoin, et c'est vraiment Il ne faut pas être dogmatique, c'est-à-dire que s'il y a besoin
on vient fissurer avec une dent fissuratrice ou un décompacteur. Et là, ce qu'on a
rajouté, en fait, c'est qu'on vient injecter derrière la dente de fissuration des micro-
organismes pour aider à restructurer les sols. Alors, je fais des raccourcis, mais en
gros, on oxyde le sol quand on vient le travailler. Les micro-organismes, ils sont plutôt
réducteurs. Et donc, on vient rééquilibrer le sol suite à une intervention, suite à un
travail du sol. Donc, du coup, ça, c'est vraiment le deuxième pilier. Et c'est le premier
endroit où on peut On peut utiliser des micro-organismes, notamment des E.M. Là on
utilise, donc après il y a différents E.M. On peut mettre de l'aliphophère, on peut mettre
de... Là on a beaucoup travaillé au début avec des fermes en ficheur. Il y a les E.M.
agritons, enfin il y a plein de recettes.
Lennan Bate: Alors peut-être pour ceux qui ne connaissent pas, tu peux brièvement
présenter les E.M..
Baptiste Maître: L'Aliphophère, tout ça L'idée, en fait, c'est de travailler surtout avec desbactéries lactiques. ? Ce que j'aime bien dedans, c'est qu'on peut être autonome d'une
certaine façon. L'aliphophère, en fait, c'est de la litière forestière fermentée. et du coup
l'objectif c'est d'aller chercher de la litière en forêt, de la faire fermenter avec du son, de
la mélasse et des micro-organismes qu'on en semence. On fait une base solide et à
partir de cette base solide, c'est compliqué à l'utiliser comme tel, donc du coup on peut
la faire passer en phase liquide et du coup la phase liquide nous permet de prêt à
pouvoir les pendre et de mettre ça dans des cuves et pendre ça derrière. Et c'est
surtout les bactéries lactiques qui sont intéressantes et qui servent un peu d'amorce.
On en a beaucoup discuté avec Francis et il dit pour lui, les bactéries lactiques, elles
réveillent la dormance des champignons. et donc du coup ça a vraiment ce rôle-là de
dynamiser l'activité biologique. Pour moi c'est un starter, ça vient amener quelque
chose qui ensuite enclenche des chaînes trophiques qui vont ensuite permettre au sol
de se réveiller, de s'activer au niveau biologique. Et donc après il y a différentes
souches, on peut utiliser, donc là je parle de l'aliphophère, mais on peut utiliser Les
fermes en ficheurs, c'est une base de micro-organismes qui ont été sélectionnées sur
des plantes. On peut aussi utiliser du cannais qui est plutôt sur une base levain. Après il
y a différentes souches origines, mais le principe c'est un peu toujours le même, c'est
de faire travailler des micro-organismes en anaérobie, parce que la particularité de ces
micro-organismes c'est qu'ils sont en anaérobie facultative, donc on peut les multiplier
en anaérobie. et ensuite on les utilise plutôt en aérobie. On verra qu'en fissuration, on
essaye aussi en même temps d'injecter de l'air pour qu'ils puissent travailler en aérobie
et orienter le métabolisme du sol vers tirer toute la grosse partie des bactéries neutres
vers quelque chose qui régénère et pas qui dégénère le sol. Donc ça, c'est la deuxième
étape. Du coup, on utilise les micro-organismes à ce moment-là. Ensuite, dans l'étape
de régénération du sol, on parle de couverts végétaux. On voit qu'au niveau
agronomique, il y a un intérêt à avoir toujours des racines vivantes dans les sols pour
pouvoir entretenir, dynamiser cette activité biologique et la structure de sol. Et puisensuite, une fois qu'on a bien réussi les couverts, c'est comment est-ce qu'on fait pour
gérer la biomasse qu'on a faite. Et donc là, il y a la technique du compostage de
surface. Le compostage de surface, c'est vraiment broyer le couvert. faire en un
passage, détruire le couvert, le scalper, et injecter des micro-organismes pour orienter
la digestion du couvert et sa maturation, et aller plus vers une phase d'humification
qu'une phase de fermentation. Du coup, les micro-organismes sont là pour orienter et
accompagner. Souvent, on broie le couvert, on pulvérise des ferments, et on vient
scalper avec un rotavator sur 3 à 5 cm selon la biomasse à enfouir pour mettre en
digestion l'énergie qui est contenue, et il n'y a rien de tel que les micro-organismes
pour orienter la digestion et libérer toute la partie minérale, parce que quand on fait...
J'utilise beaucoup la méthode MERCI, c'est une méthode pour mesurer la biomasse
produite par les couverts végétaux, donc ça consiste à prendre un mètre carré, on
coupe toute la partie aérienne, on les pèse espèce par espèce, et ça nous donne...
Mon couvert a produit 5 tonnes de matière sèche, Et ce qui est intéressant, c'est que
ça vient aussi nous dire, il y a tant d'azote, il y a tant de potasse, il y a tant de
phosphore, il y a tant de magnésium. Et du coup, c'est de se dire, j'ai emmagasiné ça.
Après, on ne sait pas quand est-ce que ça va être relargué et à quel moment ça va être
disponible pour la culture. Mais en tout cas, j'ai remis dans le système de la fertilité et
j'essaye de la faire travailler par l'activité biologique parce que c'est elle qui va être à
même de la libérer et de la rendre assimilable pour les plantes.
Lennan Bate: Et donc cette pratique, qu'est-ce qui se passe au niveau du sol ? Tu
parles d'humification, donc en fait c'est une sorte de compostage de surface par le
déclenchement avec ces micro-organismes. Qu'est-ce que vous observez après coup ?
Quel est le type d'emmerdement ? Qu'est-ce qui se passe justement au niveau de la
fertilité du sol avec cette pratique ?Baptiste Maître: L'objectif, c'est vraiment en un passage, et c'était un peu l'objectif des
agriculteurs, c'était de pouvoir détruire le couvert rapidement sans avoir à... vraiment
allonger le temps de couverture des sols. En fait, la technique, elle nous a permis de
passer d'un couvert, par exemple, pour une pomme de terre qu'on va détruire en
janvier, février, soit mécaniquement, s'il y a du gel, soit chimiquement, selon les
conditions météo, à un temps de couverture où on peut aller jusqu'à 15 jours avant
l'implantation. Donc, en fait, on gagne le gros du couvert, il pousse en mars. Et donc du
coup, comme on plante les pommes de terre, on commence début avril ou au 15 avril,
on parle de la date optimum de plantation, donc du coup, on peut allonger le temps de
couverture, détruire le couvert farmers, et en fait, il a eu tout le début de printemps pour
exploser. Ce que ça nous a permis d'observer, c'est qu'on a pu augmenter la biomasse
produite par les couverts végétaux, et j'ai des agriculteurs qui ont une stratégie plutôt
double couvert, donc en fait ils sèment un couvert au c** de la machine, de la
moissonneuse batteuse, le couvert il pousse jusqu'au fin septembre, en ce moment
dans 15 jours ils vont commencer à les détruire, et ils resèment un couvert parce que
l'objectif c'est qu'on ait toujours une date optimum, donc soit on prend la technique on
fait un couvert relais où on met toutes les espèces et ça se développe, soit on fait un
double couvert en disant je mets des plantes qui poussent bien l'été, je les détruis, et je
remets des plantes qui poussent bien l'hiver. Et donc là on a pu produire, souvent le
premier couvert on fait 3-4 tonnes de matière sèche, le deuxième couvert on arrive à
monter jusqu'à 10 tonnes, alors si on va un peu trop loin on se rend compte que ça
amène des blocages, c'est pas spécialement l'optimum, mais en tout cas ça permet de
dire le potentiel. et ensuite on plante la pomme de terre 15 jours après, parce que je
parle de 15 jours parce qu'il faut que le temps que les micro-organismes digèrent. Donc
il y a une phase un peu comme un compost, il n'est pas mûr tout de suite, du coup il y
a une phase de digestion, c'est pour ça qu'on dit que là on a une phase de 15 jours, on
voit vraiment la terre qui évolue, en fait on a fait des observations, toute la partie verte,après 15 jours on ne la trouve plus, donc ça veut dire qu'elle a été digérée, il ne reste
plus que la paille, et puis ensuite on voit une terre qui s'affine, on a presque un lit de
semences, comme on travaille sur trois centimètres, si on voulait venir semer des
petites graines, on a un lit de semences qui est prêt à accueillir la graine. Donc ça c'est
vraiment une technique qui nous permet d'allonger le temps de couverture des sols, de
travailler plus tard et du coup en meilleure condition. pas aspirer du gel, et surtout on
n'a plus, je vous ai pas parlé de chimie, pour détruire le couvert végétal. Donc du coup,
pour ceux qui sont en agriculture biologique, ils ont une stratégie pour pouvoir scalper
le couvert. Alors souvent, il faut quand même des fois repasser parce que c'est pas non
plus miraculeux, mais pour des pommes de terre où on sait qu'on va retravailler le sol,
ça va bien. Après pour d'autres cultures, les agriculteurs bio que j'accompagne, ils
repassent avec un scalpeur pour finir le travail et être sûr de ne pas avoir de problème
d'enherbement, enfin en tout cas démarrer sur une base plutôt saine.
Lennan Bate: Et alors qu'est-ce que vous voyez en profondeur sur la structure du sol et
sur la fertilité du sol, peut-être même sur les cultures ensuite ?
Baptiste Maître: On n'a pas fait d'observation cette année. J'ai un essai en cours, mais
je n'ai pas encore les résultats que j'ai prélevés hier, mais de composter avec
différentes sources de micro-organismes pour voir un peu l'intérêt. Et s'il y a des
choses sur le rendement, je n'ai jamais vu trop sur le rendement. Après, on voit qu'on a
quand même une structure de sol qui est différente et puis on peut les injecter en
pommes de terre aussi dans la réalplantation. Et donc, on voit qu'on a une structure un
peu plus vivante. On trouve plus facilement des champignons quand on se balade au
mois de juin. Donc, on voit qu'il y a un activateur au niveau de de l'activité biologique.
Le sol est quand même grumeleux. Après, ce n'est pas ce levier-là qui va permettre de
faire du rendement, par exemple, en plus. C'est plus on joue plus sur l'activitébiologique. Et j'ai parlé en plus de l'utiliser au moment de la fissuration. Et là, ce qu'on
observe, c'est qu'on a vraiment un avant et un après. On voit une structure plus
grumeleuse. On a fait des comparatifs avec et sans, parce qu'on a un peu des
symptômes et on croit un peu ce qu'on voit. Il faut aussi se rendre compte par soi-
même des choses. Et là, on voit vraiment qu'au niveau de la structure, on a une
structure plus grumeleuse. Au pénétromètre, on a l'horizon qui a été travaillé, qui est
meilleur. Et on voit vraiment, en plus, à injecter ces micro-organismes Derrière la dent
de fissuration, on voit une structure qui... C'est vraiment au niveau de la structure. Et
donc, il dit structure, il dit infiltration de l'eau, etc. Enracinement... Et du coup, je pense
qu'on amène une résilience. Mais après, il faut plusieurs années pour pouvoir le
mesurer. Mais les agriculteurs qui l'utilisent, ils voient vraiment... Ils disent, on voit les
parcelles qu'on a eues et qu'on n'a pas eues assez rapidement.
Lennan Bate: C'est-à-dire, qu'est-ce qu'ils observent ? Est-ce que c'est la qualité de la
culture ? La résistance à des attaques, peut-être ?
Baptiste Maître: Non, pas spécialement. On n'a peut-être pas été assez fins dans cette
observation. Mais par contre, il voit qu'au niveau de la portance, au niveau de la
souplesse du sol quand on marche dessus, à la bêche, on sent vraiment qu'il y a eu un
travail et qu'on a passé un cap. On n'a pas juste fissuré et puis après le sol, il peut se
refondrer. On a moins de migration de limon aussi. Moi, je travaille beaucoup dans dans
le nord de la France, donc du coup des sols très limonneux et on a quand même
souvent des sols fragiles au niveau des limons. On a des migrations de limon qui sont
plus structurées par le complexe argillomique et donc du coup on voit des migrations
de limon et les ferments permettent de limiter, en tout cas on voit qu'il y a moins ce
phénomène-là qui peut arriver dans les sols. Donc on amène une On a des sols qui
sont aussi moins battants, ils sont moins plaqués. L'hiver, quand on assemet descéréales, les sols des voisins peuvent être glacés. Là, on voit qu'au niveau infiltration
de l'eau, on a retrouvé de la verticalité. J'aime bien utiliser ce terme d'une capacité à
boire du sol. Je n'ai pas fait de mesures d'infiltration, mais il y avait déjà des études qui
avaient été faites où on voit que le sol est capable d'absorber plus d'eau. Et ce n'est
pas une fois plus ou deux fois plus, ça peut être jusqu'à dix fois plus d'eau. Donc du
coup, avec les épisodes orageux qu'on a de plus en plus, des pluies qui sont de plus en
plus importantes, on est encore en tête l'année dernière où il a plu deux fois plus que
d'habitude. Du coup, si on n'a pas des bonnes structures, on sait que ça fragilise et on
perd de la résilience.
Lennan Bate: Bien sûr. La dernière fois, tu me parlais également de levier
d'amélioration par la nutrition. Qu'est-ce que tu peux nous dire là-dessus ?
Baptiste Maître: C'est le quatrième axe. On a parlé équilibre chimique, on a parlé
structure de sol, on a parlé mettre des couverts végétaux, on a parlé de détruire les
couverts végétaux, et après c'est optimiser la nutrition. On voit qu'on a vraiment des
leviers d'action pour accompagner la nutrition des plantes. J'ai beaucoup travaillé sur
les travaux de John Kent qui parle de la pyramide de santé du végétal où plus la plante
est en bonne santé, plus elle est capable de se défendre. C'est un peu comme pour
nous, dès qu'on est bien nourri, on a un système immunitaire qui est plus performant
que si on a des carences où là on va être plus sensible à certaines maladies. Donc du
coup, l'idée c'est vraiment de retravailler cet aspect nutritif des végétaux. Et donc là,
j'utilise beaucoup l'analyse de sève. On dit sève, mais en fait, c'est un jus de feuilles. Et
donc, du coup, on prend un échantillon de feuilles, on l'envoie au laboratoire et là, ça
nous renvoie une vingtaine d'éléments nutritifs, calcium, phosphore, magnésium, et
aussi tous les oligo-éléments, le manganèse, le zinc, le bord, etc. Et du coup, ça
permet aussi d'affiner et de comprendre le lien entre ce qu'on a vu dans la premièreétape, l'équilibre chimique des sols, et est-ce que ce qu'il y a dans le sol passe bien au
niveau du végétal, parce que c'est pas parce que tout est dans le sol que tout est
disponible, on sait qu'il y a des blocages, le pH peut aussi intervenir, et
l'oxydoréduction, il y a des moments où c'est pas disponible. La carence en
manganèse, par exemple, elle est intéressante à observer. On voit souvent, elle est
facile à détecter parce que souvent ça fait des vagues et c'est plus beau là où on
passe, où les roues sont passées. En fait, les roues sont passées, elles ont rappuyé le
sol, donc le sol est un peu plus réduit. Et donc, du coup, le manganèse est disponible.
Mais si le sol est trop oxydé, je pense au sol de craie où on a souvent des carences en
manganèse parce que le sol est trop soufflé. Du coup, le manganèse n'est pas
disponible parce que le sol est trop oxydé. Donc, du coup, ça a tout cette toute cette
mécanique. Et donc du coup, on sait que le manganèse, s'il n'y en a pas, il n'y a pas de
photosynthèse. Parce que le manganèse, il est indispensable à l'enzyme qui coupe la
molécule d'eau pour pouvoir lancer la photosynthèse. Donc s'il n'y a pas de
manganèse, il n'y a pas de photosynthèse. D'où les retards de croissance entre les
passages de roues rapuyer et les passages de sol où il n'y a pas eu de rapuis. Avec les
agriculteurs que je accompagne, on travaille vraiment sur cette approche nutritive pour
amener aussi de la résilience et du coup aller le plus loin possible dans nourrir et
optimiser la nutrition pour avoir des plantes en bonne santé et donc moins sensibles à
des maladies. Et donc par de la nutrition on arrive à arriver à à réduire le nombre
d'interventions chimiques pour les conventionnels et à trouver aussi des solutions
quand on est en bio où on voit des plantes mieux nourries et donc moins sensibles et
moins vulnérables aux maladies.
Lennan Bate: Récemment, on a pas mal parlé des produits de synthèse en agriculture,
notamment chez la betterave, les noisettes un peu aussi. Ce qu'on peut observer, c'est
notamment sur cette histoire du manganèse, le glyphosate précipite le manganèse,donc on va voir très vite une baisse de manganèse dans les plantes et puis dans le sol,
une fois qu'on a appliqué du glyphosate. Et c'est ce qu'on peut voir aussi sur plein
d'autres produits de synthèse, c'est qu'ils vont en réalité diminuer la capacité
photosynthétique de la plante. et donc la rendre en réalité plus vulnérable à des
attaques, notamment d'insectes. C'était Francis Chaboussou qui parlait de ça avec son
principe de tromphobiose. Donc, quels seraient les leviers pour éventuellement se
passer de produits de synthèse, notamment sur, peut-être pour commencer au bas de
la pyramide, les insectes piqueurs-suceurs ?
Baptiste Maître: L'approche est basée sur essayer de coupler plusieurs leviers. Dans la
dernière étape de régénération des sols, on parle de la nutrition, mais on travaille aussi
beaucoup avec des extraits fermentés de plantes, avec de la vitamine C, avec des
acides aminés. On couple les leviers. et on essaye d'amener de la diversité au niveau
nutritif. Donc du coup, on construit avec les agriculteurs des itinéraires techniques où
on essaye d'actionner plusieurs leviers. C'est-à-dire que ce n'est pas juste j'amène du
manganèse et ma plante va aller mieux, mais on essaye de jouer sur tous les leviers.
Les extraits fermentés de plantes sont vraiment un levier intéressant. L'alifofer qu'on a
utilisé pour le sol, on l'utilise aussi en végétation. il y a vraiment diversifié l'approche
nutritionnelle pour accompagner au mieux le végétal. Donc du coup en fait c'est plutôt
une approche où ou le fait d'avoir travaillé l'oxydoréduction, on comprend un peu les
mécanismes. Donc OK, si j'amène des produits chimiques, je vais oxyder ma plante. Et
la bonne santé, on sait qu'elle est plutôt en milieu acide réduit, donc c'est comment est-
ce que je vais faire pour maintenir le plus longtemps possible ma plante en milieu acide
réduit et éviter qu'elle s'oxyde et du coup qu'elle devienne sensible à des maladies de
la végétation. Donc l'approche, c'est plutôt de se dire, par exemple, le désherbage, c'est
un poste sur lequel c'est compliqué. On n'arrive pas, on n'a pas trouvé encore de
palliatif. Donc ok, je désherbe, mais notamment à l'automne sur des céréales. Parcontre, dès que j'ai fini le désherbage, 10-15 jours après, je viens rééquilibrer ma plante
pour pour qu'elle passe l'hiver par exemple en milieu acide réduit. Ou alors je vais
rajouter un peu d'acide aminé dans mon désherbage pour que la plante elle se
détoxifie plus vite. On voit bien qu'il y a des programmes ou des produits qui ont
tendance à marquer un peu les cultures et pendant 10-20 jours elles sont bloquées,
c'est de trouver le palliatif pour essayer de les débloquer et qu'on repart tout de suite
dans de la photosynthèse et un milieu équilibré. Donc c'est plutôt jouer sur ces leviers
d'action en essayant d'accompagner au mieux la plante et en ayant compris un peu ce
qu'on fait. C'est ce qu'on fait quand on Ok, je veux travailler le moins possible mon sol,
mais il ne faut pas que je sois dogmatique non plus, et du coup il faut que j'aille jusqu'à
accompagner. Donc si je travaille le sol, comment est-ce que je peux accompagner ?
Donc là, les fermes en lactique, ça peut être un levier pour pouvoir aider. à rééquilibrer
le sol, parce que je viens réduire le milieu, donc c'est un peu pareil pour les plantes,
c'est accompagné par la nutrition, on sait que la plupart des oligo-éléments sont
réducteurs, donc on amène un côté équilibre de la plante, et puis après l'enjeu c'est de
les rendre biodisponibles pour que la plante puisse les avoir, et c'est là où l'analyse de
sel va permettre de contrôler un peu si ce que j'ai apporté a bien été efficace, assimilé,
et du coup permet à la plante d'en disposer pour pouvoir amener une résistance aux
maladies et une appétence. Pour l'anecdote, j'ai fait des essais aussi avec du thé de
compost oxygéné. C'était un essai où on cherchait la dose optimum parce qu'on
découvrait la technique. Donc on avait fait pas du tout de thé de compost, du thé de
compost à 30 litres, du thé de compost à 50 litres. plus j'avançais, c'était une parcelle
de pommes de terre, plus j'avançais dans l'essai, moins il y avait de doryphores. Donc
à 0 il y avait des doryphores comme dans toute la parcelle. À 30, il y avait un peu moins
de dorifort, et à 50, il y avait encore moins de dorifort. Et le pulvé avait pris un virage, et
du coup, les doriforts restaient vraiment dans le virage, ils ne rentraient pas dans la
bande qui avait reçu du thé de compost. Et le thé de compost, en oxygéné, on sait qu'ily a des micro-organismes, il y a des oligo-éléments, et du coup, on avait une couleur
de feuille de pomme de terre qui était différente, et du coup, une appétence qui était
moins importante. En travaillant sur ce rééquilibrage nutritif, on peut arriver à diminuer
la pétence des plantes parce que les plantes ne tombent pas malades, elles sont
malades parce qu'elles sont à un niveau qui favorise le ravageur. On sait que chaque
micro-organisme se développe à un niveau de pH et d'oxydoréduction particulier, donc
si on sort le milieu de cette zone-là, on a moins de place pour que le pathogène puisse
se développer ou le ravageur.
Lennan Bate: C'est effectivement une observation qui est très agréable à voir quand on
voit une parcelle qui n'a pas une seule attaque d'insectes et qu'on voit les insectes
voler, chercher, se poser sur la feuille et puis repartir parce qu'effectivement c'est pas
leur nourriture, qu'ils sont pas intéressés par cette plante.
Baptiste Maître: Et pour revenir sur le cas du puceron, on comprend vraiment le lien
avec le sucre. En fait, si on a une plante qui est en bonne santé, elle fait beaucoup de
photosynthèse. Qui dit beaucoup de photosynthèse dit beaucoup de sucre. Et en fait,
qu'est-ce que le puceron déteste, c'est le sucre. Donc s'il y a trop de sucre, il va plutôt
chercher à p***** une autre plante plutôt qu'une plante qui est gorgée en sucre, parce
qu'il n'a pas de système digestif pour pouvoir assimiler ou réguler le taux de sucre, il
n'a pas de pancréas comme nous, et donc du coup il risque de faire une cirrhose si il
mange trop de sucre, parce qu'il ne sait pas le réguler. Donc si on a bien accompagné
la nutrition des plantes, on peut le démarrer. Après, la difficulté c'est toujours dans les
stades jeunes, parce que dès qu'il y a des feuilles, on peut arriver à intervenir et
accompagner, mais il y a des ravageurs qui attaquent vraiment au stade plantule, et là
c'est plus compliqué. On fait des essais avec des enrobages de semences, mais ce
n'est pas encore non plus la panacée, mais ça peut être un levier pour essayerd'accompagner. en disant autour de la graine je mets tout ce qu'il faut mais il y a peut-
être encore des trous dans la raquette et il faut optimiser ce levier là mais ça peut être
aussi un levier de travail sur l'assemence pour pouvoir améliorer cette vigueur au
démarrage et avoir tous les éléments pour pouvoir démarrer la culture.
Lennan Bate: Effectivement, je crois que c'est un des gros leviers, c'est la qualité de la
semence, et je sais que John Kempf avait pas mal travaillé là-dessus, notamment avec
certains produits qu'il a développés, où il apporte pas mal d'oligo-éléments sous forme
K-LAT pour que la graine absorbe tout ça, et effectivement quand elle démarre, elle a
tout de suite un équilibre protéinique bien plus complet, et donc est moins susceptible
d'être attaquée sur des stades jeunes. Alors peut-être on va retourner les choses dans
l'autre sens. Qu'est-ce qu'il faudrait faire pour... Quel serait le protocole pour favoriser
au maximum les pucerons dans ma parcelle ? Comment je ferais pour être sûr d'avoir
des problèmes ?
Baptiste Maître: Ce qui les attire vraiment fort c'est l'azote libre dans la plante. En fait il
faut une photosynthèse, il faut peu de sucre dans la sève et beaucoup d'azote libre. En
fait le puceron c'est un peu pour moi le détox de la plante entre guillemets. Souvent
c'est qu'il y a un problème d'assimilation de l'azote. où la plante s'est gavée en azote, et
elle ne s'est pas la transformée en fait pour que la protéosynthèse, c'est vraiment la
deuxième étape après la photosynthèse, la protéosynthèse, c'est comment est-ce que
je peux transformer l'azote de la plante, parce que l'azote normalement dans la plante,
elle ne reste pas libre, elle est transformée en acide aminé pour faire des parois, du
squelette, et donc si j'ai beaucoup d'azote libre dans la plante, Ça veut dire que la
protéosynthèse ne fonctionne pas bien. Et le puceron, comme il adore ça, il vient un
peu détoxifier la plante en absorbant de l'azote libre. Donc plus j'ai d'azote libre, plus
ma plante va être sensible aux pucerons, va être répétante pour les pucerons.Lennan Bate: Tout à l'heure tu parlais du thé de compost, on entend souvent que le
risque c'est la suroxydation, et notamment sur des sols qui vont être travaillés, donc on
va risquer de suroxyder encore plus ces sols. Est-ce qu'il y a des situations où ce serait
intéressant d'appliquer des thés de compost, peut-être sur des prairies non travaillées,
ou comment ça se passe ?
Baptiste Maître: Oui, de toute façon, même sur toutes les cultures, c'est un outil qui est
intéressant, qui aide vraiment la plante. Il y a un peu tout qui est disponible. Ce n'est
pas parce que c'est oxygéné que c'est forcément oxydé. On a un peu fait le raccourci
en disant qu'il y a de l'oxygène, c'est oxydé. C'est un peu un abus de langage. Si on
écoute Olivier Husson, il en parle très bien. et beaucoup mieux que moi. Mais du coup,
ça veut dire que c'est pas parce que c'est oxydé, c'est plutôt avoir des micro-
organismes qu'on a multipliés en aérobie. Et donc du coup, le seul inconvénient de
cette technique, c'est qu'il faut vraiment les épandre en aérobie. C'est-à-dire que c'est
pas un produit qu'on va pouvoir stocker, et donc dès qu'il est prêt, il faut intervenir, mais
ça veut dire qu'il faut avoir anticipé les conditions de météo pour être sûr qu'au b*** de
24 ou 36 heures, on ait bien les bonnes conditions. Donc dans la mise en œuvre, ce
n'est pas évident. Et puis, il faut faire des gros volumes. Dans le côté pratico-pratique,
ce n'est pas toujours par là qu'il faut commencer. C'est pour ça que j'aime bien plutôt
travailler avec des extraits fermentés, parce qu'on les multiplie un peu comme les
fermes en lactique, en anaerobie. Une fois que c'est fini, on ferme l'IBC, on peut les
stocker pendant un en voir deux ans. Et ensuite, dès qu'on en a besoin, on ouvre le
bidon et c'est parti. Alors que le thé de composte oxygéné, il faut arriver, il faut faire
chauffer l'eau, il faut préparer le système, il faut 24 à 36 heures pour que la
multiplication se fasse en aérobie. Et ensuite, il faut être sûr, comme les météos sont de
moins en moins fiables, c'est une technique qui est qui est intéressante, on a vu
vraiment les bénéfices, mais les agriculteurs n'ont pas persévéré plus que ça danscette technique parce que c'est un peu trop compliqué à mettre en œuvre sur des
grosses surfaces. Sur des petites surfaces, ça peut se gérer, mais sur des grosses
surfaces, ça devient compliqué. Dès qu'on ascend 200 hectares de pommes de terre, il
faut trouver l'organisation, on ne peut pas le mélanger avec le fongicide, donc il faut
refaire un passage. ça complexifie un peu les choses. Donc je pense que dans la phase
de régénération, il faut d'abord démarrer par ce qu'on a dit, équilibrer ses sols au
niveau de la chimie, regarder les structures de sol, travailler avec les déferments
lactiques et puis ensuite on peut amener ça. Mais en tout cas, on a quand même vu
des bénéfices, donc ce n'est pas une technique inintéressante, mais c'est la façon de la
mettre en œuvre à grande échelle.
Lennan Bate: La VINFA, je crois qu'on parlait également de l'importance de la qualité
de l'eau.
Baptiste Maître: En fait, la qualité de l'eau, elle est vraiment centrale dans tout ce qu'on
fait. On passe par l'eau pour mettre des produits de synthèse, on passe par l'eau pour
multiplier des micro-organismes, et on sait que la qualité de l'eau, elle est
indispensable. Mais déjà, rien que si on s'intéresse un peu aux produits de synthèse,
on sait que la demi-vie des produits, elle évolue en fonction du pH. Et donc, il y a des
produits où, à pH 7, la demi-vie du produit, elle est de 30 minutes ou 5 minutes. Du
coup, ça veut dire que, rien que déjà en modifiant le pH, on améliore la durée du
produit. En tout cas, on ne perd pas la moitié des molécules parce qu'elles sont
mobilisées. Et puis après il y a aussi toute la partie minéralité de l'eau qui peut aussi
nous amener des problématiques, notamment le calcium. Moi je travaille dans les
Hauts-de-France, on a des eaux très calcaires et on sait que le calcium peut mobiliser
ou capter des éléments, donc du coup on perd aussi de ces choses-là. Donc dès qu'on
ramène une filtration, qu'on gère la conductivité, qu'on gère le pH, on retrouve déjà del'efficacité et on pourrait arriver à à diminuer les doses. Donc du coup, la qualité de
l'eau, elle est vraiment primordiale. Et après, quand on cherche à multiplier des micro-
organismes, c'est encore plus vrai parce que c'est un peu un garde-fou. Si vous mettez
des micro-organismes et du sucre dans de l'eau et que vous voyez qu'il ne se passe
rien, ça veut dire qu'il y a une problématique. Et ça pose vraiment vraiment en question
et on voit qu'on regagne de l'efficacité en mettant des systèmes de vortex où on
améliore l'eau et donc du coup la capacité à multiplier des micro-organismes, elle est
plus réceptive à accueillir la vie.
Lennan Bate: Alors parlez-nous un petit peu de ton groupe de travail, des agris avec
qui tu travailles, qu'est-ce que vous faites, je sais que vous faites des rencontres, parlez-
nous un petit peu de ça.
Baptiste Maître: Il y a des groupes où on se voit 5-6 fois dans l'année. J'ai 3-4 groupes
ou 5-6 groupes comme ça. C'est des groupes un peu locaux. Moi je suis plutôt
l'animateur et puis après j'apporte du savoir. L'idée en fait à chaque fois c'est de faire
des tours de plaine pour échanger sur de la technique à différents moments de l'année.
On essaie aussi dans ces groupes-là d'avoir une partie expérimentation, c'est-à-dire
amener que chacun fasse un essai pour alimenter le groupe et puis faire avancer un
peu les choses. Après, il n'y a pas de contrainte sur le sujet, chacun travaille un peu sur
ce qu'il a envie, c'est bien de pas mettre de cadre de ce côté-là. Par contre, moi, je
m'engage à faire le suivi et du coup, parce que souvent, c'est ce qui manque. de... Il y a
beaucoup de gens qui font des essais, mais 80% du temps, les essais ne sont pas
capitalisés parce qu'il n'y a personne pour aller mesurer ou être là, dire attention, on a
ça. Moi, je fais un peu le garde-fou en disant, il y a l'essai, quand est-ce qu'il faut le
récolter ? Et le fait d'être là, ça permet de mesurer et d'avoir des données. Et après on
est plutôt partisan des bandes que des micro-parcelles, parce que c'est plus compliquéà mettre en œuvre. Donc on essaye de faire des bandes. C'est pas toujours évident,
surtout en pulvérisation, ça veut dire qu'il faut avoir un bidon en plus dans son tracteur
ou son pulvé. Mais du coup ça c'est vraiment important. Et donc ça c'est des groupes
un peu locaux qu'on que j'anime et après on essaye aussi d'organiser avec ces
groupes là, notamment tous ceux qui ont fait la formation Vens pour essayer de garder
la dynamique et comme il y a eu toute la France qui a été on essaye d'organiser des
rencontres une fois par an de deux jours, un peu en mode séminaire. Et là, l'objectif,
c'est d'échanger sur les acquis de l'année. Du coup, c'est l'occasion de présenter un
peu plus largement les essais qui ont été mis en place par les différents groupes,
alimenter un peu les discussions et puis dire au fur et à mesure comment est-ce que toi
tu fais pour réussir tes couverts ? Comment est-ce que toi tu fais pour réussir tes
fermentations ? Est-ce qu'on chauffe ? Est-ce qu'on ne chauffe pas ? On se pose plein
de questions et du coup ça permet d'avoir le groupe qui alimente les supports de
discussion et du coup toute la partie R&D, et puis donner aussi des objectifs ou
essayer de mutualiser des choses. Là, on va lancer, par exemple, des analyses avec un
laboratoire en microbiologie pour se dire, est-ce qu'il y a une différence si on chauffe ou
pas les pharma-lactiques, et du coup, est-ce qu'on a la même diversité de micro-
organismes ? Est-ce que si on remultipliait des souches qu'on a déjà, on ne perd pas
en qualité ? Du coup, c'est des questions qui reviennent souvent. Et donc là, on s'est
dit, on paye des analyses et puis on va pouvoir travailler et avoir les réponses et ne pas
se reposer de ces questions-là tous les ans. Mais ça permet vraiment de continuer
d'échanger, de partager. et d'avoir des petits tips de... Bah tiens, moi, j'ai trouvé qu'en
faisant comme ça, ça se passe mieux, ou tiens, j'ai eu tel résultat, ou moi pas du tout.
Du coup, ça permet d'alimenter le débat et de faire avancer l'agronomie.
Lennan Bate: Bien sûr. Et est-ce que vous commencez à avoir des protocoles bien
établis ?Baptiste Maître: Oui, de plus en plus. On commence à avoir vraiment des stratégies.
Après, c'est toujours à adapter en fonction du contexte, des années de recul, etc. Mais
on commence vraiment à avoir des stratégies qui se dégagent sur de
l'accompagnement. Il y a deux ou trois agriculteurs qui arrivent à se passer des
fongicides, des insecticides sur des céréales depuis deux ou trois ans. Et on sait qu'on
a eu quand même une diversité On a eu des années sèches, des années humides, des
années avec de la maladie, des années sans maladie. Ce qu'on a observé, c'est qu'il
n'y a pas d'impact sur le rendement. Il n'y a pas la carotte en disant on va faire plus de
rendement, mais on maintient les potentiels et du coup on ne passe pas plus, parce
que c'est aussi un argument. Et on a des plantes en bonne santé. Et on maintient les
niveaux d'équilibre. Et comme on arrive à autoproduire des produits, on arrive à baisser
aussi un peu les coûts des itinéraires techniques.
Lennan Bate: C'est ça. A défaut d'augmenter la productivité, on peut baisser les
charges et augmenter le bénéfice derrière. Ça, c'est quand même le plus important. Et
alors, est-ce que vous avez des objectifs à long terme que tu aimerais réussir à
accomplir ?
Baptiste Maître: Je travaille beaucoup sur les cultures d'industrie, donc arriver à trouver
un itinéraire technique en pommes de terre, par exemple, où on baisse fortement les
fongicides un peu en routine, c'est des sujets qui m'animent et sur lesquels Je travaille,
c'est vraiment amener de la résilience au-delà de ça. Là c'est un peu la carotte et un
peu l'objectif, enfin un des objectifs, mais c'est vraiment amener de la résilience. Là on
voit, j'ai fait pas mal de tours de plaine. Cet été, on voit beaucoup de structures un peu
abîmées avec des limons qui migrent, un peu fragilisés. Du coup, c'est vraiment trouver
ces stratégies pour régénérer les sols et amener de la résilience et protéger un peu
plus ces agro-systèmes. dans ces cultures industrielles, parce qu'on parle beaucoup autravail du sol, le fait de faire de la tarfine, mais il y a aussi le fait d'irriguer les cultures
qui abîment aussi les structures, donc il faut trouver un peu tous ces palliatifs et arriver
à toucher plus de monde et à sensibiliser à ces sujets et qu'il y a des choses qui
existent et des techniques à mettre en oeuvre pour amener cette résilience.
Lennan Bate: Ça c'est sûr. Est-ce qu'il y a un sujet qu'on n'a pas couvert que tu aurais
aimé pouvoir parler ?
Baptiste Maître: Non, je pense qu'on a fait un bon tour d'horizon et ça donne un peu
des bases, j'espère, pour aller vers de la régénération des sols.
Lennan Bate: Alors, où est-ce qu'on te retrouve si on veut pouvoir te contacter, suivre
un peu ton travail et puis peut-être même faire appel à toi pour tes services et tes
expertises ?
Baptiste Maître: J'ai une page Facebook, Verdesolsvivants, je suis sur LinkedIn aussi,
j'ai un site internet aussi qui s'appelle verdesolsvivants.fr.
Lennan Bate: Super. Je suis certain que tu pourras mettre en relation aussi avec
d'autres groupes d'agriculteurs avec qui il pourrait y avoir des échanges. Je pense très
souvent dans ces émulsions-là et dans ces partages de connaissances-là qu'on arrive
à avancer puisqu'on n'est pas seul. Il y a plein de questions qu'on se pose. qui ne sont
pas forcément évidentes et peut-être que d'autres y ont déjà répondu ou ont déjà des
éléments de réponse.
Baptiste Maître: C'est vraiment dans mon ADN de mettre en lien un peu tout ce que je
vois. Je bourlingue beaucoup enfin en tout cas je bouge beaucoup donc du coup c'estde connecter et de dire bah tiens, untel il s'en est sorti comme ça avec cette
problématique, untel il a fait comme ça, tiens untel il se pose aussi la question, tu
devrais l'appeler. Du coup je fais beaucoup de mise en lien et de mise en relation dans
mes retours ou dans les formations que je peux animer ou mettre en oeuvre.
Lennan Bate: Super, ouais, j'en doute pas. C'est comme ça qu'on avance le plus vite.
Merci beaucoup Baptiste.
Baptiste Maître: Merci.
Nov 19, 2025
42 min

Oct 22, 2025
Oct 22, 2025
54 min
LIENS : https://osez-agroecologie.org/
https://afterres.org/
https://terresdesources.fr/
Comprendre les impacts de notre alimentation et de l’agriculture est un enjeu majeur pour préserver la santé des écosystèmes et celle des êtres humains. Évaluer et quantifier la diversité des modèles agricoles existant en France était une première étape essentielle pour ouvrir le débat et faire des choix éclairés. C’est, entre autre, ce que Philippe Pointereau a fait, en consacrant sa vie à interroger les pratiques agroécologiques, à promouvoir les énergies renouvelables et à analyser leur empreinte sur le territoire français. À travers cet entretien, il partage avec nous son parcours, ses réflexions et sa vision d’une agriculture qui intègre pleinement la santé des écosystèmes et celle des Hommes.
Oct 22, 2025
54 min

Oct 9, 2025
Oct 9, 2025
56 min
Il est évident que toutes les forêts ne se valent pas en termes de biodiversité et de services écosystémiques. Est-il alors possible d’allier biodiversité, robustesse des systèmes sylvicoles et rentabilité de l’industrie ?
C’est ce que je tente, entre autres, de comprendre avec Héloïse Dubois, experte passionnée en gestion forestière et environnementale, qui réfléchit à une approche de sylviculture durable, fondée sur la biodiversité, la régénération naturelle et l’observation continue.Formée aux côtés de José Layon, maître sylviculteur depuis plus de 40 ans, elle nous parle de l’équilibre délicat entre productivité, rentabilité et respect du vivant.
Dans cette discussion, on évoque :
la gestion forestière responsable et innovante
l’importance du sol, de l’eau et des cycles naturels
la transmission du savoir : formation, accompagnement et lien entre terrain et recherche
Une conversation riche, ancrée dans la réalité du terrain et animée par la passion de comprendre et d’agir pour des forêts vivantes et résilientes.
LIENS :
https://www.linkedin.com/in/h%C3%A9lo%C3%AFse-dubois-dr-ir-9a9b8584/?original_referer=https%3A%2F%2Fwww%2Egoogle%2Ecom%2F&originalSubdomain=be
https://librairie.cnpf.fr/produit/659/9782931178157/sylviculture-du-bouleau
Oct 9, 2025
56 min

Sep 25, 2025
Sep 25, 2025
26 min
https://lepaysanmarin.fr/
https://www.instagram.com/lepaysanmarin/
Sep 25, 2025
26 min

Sep 25, 2025
Sep 25, 2025
1 hr 1 min
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Sep 25, 2025
1 hr 1 min

Jul 23, 2025
Jul 23, 2025
1 hr 8 min
Aujourd’hui c’est Philippe Collin, agriculteur dans la Haute-Marne qui nous parle de son parcours.
Dans la famille de Philippe, on a l’habitude des collectifs et on a pas peur de monter des projets, ni de la complexité. Philippe de déroge pas à la règle puisqu’il a fondé ou co-fondé une SCIC pour valorisé les grains des cultures en tourteaux, en huiles et en farines, une entreprise en polyculture élevage sur 300 ha, une unité de méthanisation et j’en passe.
De l’agriculture hyper-intensive à l’agriculture bio et de conservation des sols, Philippe nous parle de sa transition et des raisons qui l’ont mené à changer d’approche. Philippe a une grande curiosité et une volonté constante de se remettre en question et d’améliorer ses pratiques. Autant dire que cet épisode est très inspirant. Un témoignage plein de sagesse et d’un optimisme bien réfléchis.
Jul 23, 2025
1 hr 8 min









